Le nouveau quartier de Messestadt Riem, à Munich, le 6 mai 2013.
Le nouveau quartier de Messestadt Riem, à Munich, le 6 mai 2013.

à Munich, Audrey Chauvet

De notre envoyée spéciale à Munich

Du passé, les Allemands font table rase. Les mauvais souvenirs de casernes ou d’aéroports militaires laissent place à des quartiers qui pourraient préfigurer ce que seront les villes européennes du futur.

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Les bobos oui, les militaires non

Pas un bruit de voiture, des odeurs d’acacia et des graminées qui flottent dans l’air: bienvenue à Ackermannbogen. Ce nouveau quartier, à seulement trois kilomètres de la grouillante Marienplatz, centre névralgique de Munich, semble être un havre de paix pour ses 5.000 habitants. Pourtant, avant 1998, le quartier était à l’abandon: l’ancienne caserne militaire gisait sous les yeux de la tour de l’Olympia Park, construit en 1972 pour accueillir les Jeux olympiques.

Aujourd’hui, les drapeaux tibétains et les vélos ont remplacé les uniformes. Les urbanistes, sélectionnés sur concours, ont construit à Ackermannbogen de quoi loger 5.000 à 6.000 personnes de tous âges et de tous horizons sociaux. Des logements subventionnés par la mairie jouxtent de petites villas de plain pied avec jardin, que l’on imagine aisément appartenir à quelques bobos écolos. En particulier du côté Ouest du quartier: là, trois grands toits recouverts de panneaux solaires alimentent 300 appartements en électricité.

Un petit café convivial rassemble les mamans qui peuvent laisser leurs enfants à l’école du quartier ou dans les aires de jeux et les espaces verts, plus nombreux que les rues. Pas besoin de voiture quand on vit à Ackermannbogen: le tramway est à quelques centaines de mètres et les vélos sont rois. Des cours de yoga, une résidence pour personnes âgées, des médecins, ont élu place à Ackermannbogen, où les habitants se concertent régulièrement pour parler de l’avenir de leur quartier.

Les éco-quartiers décollent

Changement d’ambiance à la Messestadt Riem. En sortant du métro, une ligne créée en même temps que le quartier, on a l’impression d’arriver à La Défense, sans les tours. Un grand centre commercial trône au milieu d’une esplanade, le centre d’expositions couvre des kilomètres et les entreprises fleurissent. Pourtant, il suffit de traverser l’immense artère qui coupe la Messestadt en deux pour s’apercevoir que le quartier n’a rien à voir avec une ville froide et grise: à deux pas de là, la nature reprend ses droits autour des 7.500 appartements construits.

«C’est la plus grande conversion de quartier en Allemagne», explique Klaus Kellerer, qui connaît le quartier comme sa poche puisqu’il a mené le projet pour l’entreprise choisie par la mairie. Avant d’accueillir 16.000 habitants et 13.000 employés, Riem était un aéroport. Utilisé par les nazis durant la Seconde guerre mondiale, réquisitionné par les Américains en 1945 puis aéroport de la ville, il a été fermé en 1992 pour des raisons de sécurité et de bruit: les avions étaient beaucoup trop proches du centre-ville de Munich.

Un grand terrain de jeu

En 1998, les pioches se sont attaquées au tarmac. «Nous avons recyclé le béton pour construire les nouvelles stations de métro, et tout ce qui ne pouvait pas être réutilisé à été regroupé sous une colline artificielle à l’est du quartier», explique Klaus Kellerer. Sous les 560 hectares d’espaces verts, le lac artificiel et les immeubles en bois se cache un autre trésor: de l’eau chaude, naturellement présente à quelques centaines de mètre en sous-sol. Une occasion rêvée pour chauffer les logements dûment isolés grâce à la géothermie.

Des écoles et des crèches «où l’on est sûr de trouver une place» ont attiré les familles à la Messestadt. «La moyenne est de 2,3 enfants par foyer ici, tandis qu’elle est de 1,2 dans tout Munich», se félicite Klaus Kellerer. La mixité sociale a été strictement respectée avec 40% de logements sociaux, 40% d’appartements à louer pour des familles à revenus moyens et 30% d’appartements à acheter pour les plus aisés.

Quelque 150 nationalités vivent dans ce quartier où l’on découvre au détour d’une rue un immeuble exclusivement pour les femmes où un ensemble de maisonnettes dont les habitants ont juré qu’ils n’auraient jamais de voiture. Certes, le manque de petits commerces dans ce grand quartier rend la convivialité plus difficile mais les enfants, eux, sont bien contents de pouvoir jouer au foot sur les grandes étendues d’herbe sans craindre de devoir aller chercher le ballon sur la route. Et sans oublier de mettre leur maillot du Bayern.

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