Pascal Canfin, Ministre délégué auprès du ministre des Affaires  étrangères, chargé du Developpement, dans son bureau à Paris, le 3  décembre 2012.
Pascal Canfin, Ministre délégué auprès du ministre des Affaires étrangères, chargé du Developpement, dans son bureau à Paris, le 3 décembre 2012. - V. WARTNER / 20 MINUTES

Café, cacao, bananes,… Les produits du commerce équitable ont envahi les rayons des supermarchés français. Pourtant, le volume de ventes reste anecdotique et les entreprises françaises du secteur sont à la peine. A l’occasion du lancement de la Quinzaine du commerce équitable, le ministre délégué au Développement, Pascal Canfin, annonce ce lundi un plan de soutien à la filière, qu’il explique à 20 Minutes.

En quoi le soutien au commerce équitable va consister?

C’est un plan de sept millions d’euros sur les trois prochaines années, que je porte avec Benoit Hamon, dont l’objectif le plus visible sera de tripler la consommation de produits équitables en France pour passer de 6,4 à 19,20 euros par personne et par an. Pour cela, il faut renforcer les entreprises et associations qui souffrent du fait qu’un des principes du commerce équitable est de préfinancer les récoltes. Cela créé des tensions en termes de trésorerie pour les acteurs économiques qui, entre le moment où ils payent la récolte et où le consommateur achète le produit, doivent attendre parfois quasiment un an. Nous allons mettre en place un groupe de travail pour voir quel outil financier pourrait les renforcer. Le deuxième élément du plan est d’augmenter le nombre de filières pour qu’il y ait de plus en plus de produits du commerce équitable. Enfin, il s’agit aussi de renforcer la connaissance des labels par les consommateurs en soutenant toutes les initiatives qui permettent de les faire connaître.

Le commerce équitable est-il vraiment un levier pour le développement des pays du Sud, ou est-ce juste une goutte d’eau dans le commerce international?

Aujourd’hui, c’est une goutte d’eau mais qui montre que d’autres pratiques sont possibles, qu’il n’y a pas de fatalité à un commerce qui ne respecterait pas les droits humains, sociaux et l’environnement. Quant au bénéfice de développement, il est avéré par plusieurs études: le commerce équitable crée de l’autonomie pour les producteurs, renforce leur organisation collective, améliore la qualité de ce qu’ils produisent, leur donne des moyens pour des projets de développement réels, comme des écoles, des centres de santé ou de formation professionnelle.

Tout le commerce pourrait-il devenir équitable?

Idéalement, oui. Il faut en tout cas promouvoir la généralisation des règles sociales et environnementales. En tant que responsable politique, le soutien à un commerce plus juste consiste aussi à s’inspirer de ces principes pour les porter dans des enceintes comme l’OMC ou les Nations unies et réorienter les règles internationales du commerce.

Les gouvernements des pays du Sud sont-ils aussi engagés dans le développement du commerce équitable?

Il n’y a pas forcément de plans de développement nationaux de la part des Etats, mais en Côte d’Ivoire, premier producteur de cacao au monde, j’ai signé un accord avec le gouvernement pour développer les filières de cacao équitables.

Le commerce équitable ne pourra se développer que si les gros industriels s’y mettent?

Si l’on veut que l’offre et la demande de produits équitables augmentent, il faut aussi que les grands acteurs économiques changent leur comportement.

Donc une tablette de chocolat équitable d’une grande marque, ce n’est pas une trahison à l’âme du commerce équitable?

Non! On ne peut pas dire à la fois qu’il faut changer les règles du commerce international et que ça ne doit pas concerner les gros acteurs économiques. Il faut que l’offre soit accessible, disponible partout. Et si les ventes augmentent, cela bénéficiera aussi aux réseaux spécialisés dans la distribution de produits équitables.

Les produits du commerce équitable sont encore plus chers que les autres, y a-t-il une chance pour que leur prix baisse un jour ou est-ce impossible?

Il faut faire en sorte que le surcoût, légitime car versé au producteur, ne se traduise pas par un surcoût excessif pour le consommateur. Nous allons travailler pour cela sur l’ensemble de la chaîne de valeur. Si vous importez un demi container de café équitable, ça vous reviendra plus cher par paquet de café que si vous louez un container entier, or vous ne louerez le container entier que si vous avez la possibilité de vendre plus. La baisse du coût passe donc aussi par le développement global du commerce équitable.

En ce moment, le Made in France et le soutien à l’économie locale semblent plus importants aux yeux des consommateurs que l’équitable. Ne faudrait-il pas soutenir aussi le commerce équitable nord-nord?

Le commerce équitable est le symbole de la réappropriation de l’acte de consommation. Le consommateur qui se pose la question du made in France a franchi le pas le plus important, qui est de se demander quelles sont les conséquences politiques, économiques, sociales, de son achat. Et il n’y a pas de conflit entre ces deux attentes car les produits équitables sont pour l’essentiel sans équivalent fabriqué en France. Enfin, il faut souligner que 400 PME françaises travaillent dans le secteur du commerce équitable et ont ainsi crée plus de 10.000 emplois en France.

Et des roses labellisées équitables venant du Kenya par avion, cela respecte l’exigence de qualité sociale et environnementale?

Il y a une exigence de cohérence qui s’impose aux acteurs du commerce équitable. Sur ce cas spécifique, que vous preniez des roses cultivées sous serre aux Pays-Bas ou des roses cultivées naturellement au Kenya et importées par avion, des études montrent que vous avez le même bilan carbone. Si les acteurs sont capables de montrer qu’écologiquement, ce qui peut sembler une aberration est en fait meilleur, ils ont apporté une réponse cohérente.

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