L'Ecole des chiens remet les toutous dans le droit chemin

REPORTAGE En région parisienne, des éducateurs canins apprennent aux chiens turbulents à bien se tenir...

Audrey Chauvet

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L'Ecole des chiens forme 2.000 chiens par an, ici un cours à Vincennes, le 20 avril 2013.

L'Ecole des chiens forme 2.000 chiens par an, ici un cours à Vincennes, le 20 avril 2013. — A.Chauvet / 20 Minutes

Dans cette école, les bons points se mangent et les cours n’ont lieu qu’en plein air. De quoi faire rêver pas mal d’enfants, mais l’école est réservée aux chiens. Tous les samedis matin au bois de Vincennes, et durant la semaine au bois de Boulogne, des comportementalistes et éducateurs canins  donnent des leçons de savoir-vivre aux chiens parisiens indisciplinés. Mais pas question de dressage ici: Jérôme Mascarin, qui a fondé L’école des chiens il y a dix ans, préfère parler d’enseignement et refuse toute méthode coercitive.

Un canapé, ça ne se mange pas

«La principale raison pour laquelle les gens nous appellent, ce sont les destructions, par exemple quand le chien mange le canapé, explique l’ancien policier reconverti le temps d’un congé sabbatique en directeur d’école canine. Viennent ensuite la malpropreté, les aboiements et les problèmes d’obéissance pure.» Selon les problèmes et l’âge du chien, Jérôme oriente les maîtres désarmés vers des cours individuels ou collectifs, voire les deux. Mais dans tous les cas, une première visite au domicile permet d’observer le quotidien du chien dans sa famille.

«Les erreurs les plus courantes des maîtres est de croire tout ce qui se dit sur les forums Internet, déplore Jérôme Mascarin. Par exemple, les tapis d’éducation pour apprendre à faire pipi ne sont pas du tout efficaces. Secouer le chien par l’échine ou le mettre sur le dos en position de soumission pour le punir sont aussi de très mauvaises idées.» Idem pour les laisses trop courtes ou les cris: cela ne ferait qu’apeurer le chien ou le stresser, et ne conduirait qu’à aggraver ses problèmes.

Faire travailler les méninges du chien

Ce samedi, à Vincennes, Hixy, un croisé spitz-shetland de huit mois, et Helka, bouledogue américain de sept mois, font partie de la petite classe encadrée par Arnaud et Laure, titulaires d’un brevet professionnel d’éducateur canin. Mais aussi par Dior et Daisy, les deux chiennes qui «encadrent» les petits nouveaux. «Elles sont là pour réguler le groupe, montrer l’exemple, aller chercher les chiens qui s’échappent ou éloigner les intrus», commente Jérôme Mascarin. Et aussi donner des exemples frappants: lorsque les deux chiennes se montent dessus, Jérôme en profite pour expliquer aux maîtres «qui nous disent "mon chien est homosexuel" qu’il ne s’agit pas d’un acte sexuel

Pour les élèves, les exercices se succèdent: répondre aux appels de son maître, rester tranquillement au pied alors que toute une troupe de chiens inconnus passe sous leur museau ou encore échanger les laisses. «Ces activités évitent les troubles du comportement car elles font travailler le physique mais aussi l’intellect de l’animal», poursuit Jérôme Mascarin, qui utilise pour certains cours des puzzles pour chiens. Pour les chiots, à partir de deux ou trois mois, les exercices sont plus ludiques: la recherche de croquettes ou le «couloir de la mort» pour courir tout droit (ou presque) dans les bras de son maître lorsqu’il l’appelle font partie des jeux qui permettent d’acquérir les «bases».

«Si vous voulez que votre chien vous soit attaché, ne le tenez pas en laisse»

Adeline et Sébastien sont venus en couple avec Helka, qui selon eux est «plus attentive qu’au début des cours»: «Nous avons appelé L’école des chiens car nous allons avoir un bébé et nous voulions savoir ce qu’ils pensaient du comportement du chien», expliquent-ils. Helka ne semble pas représenter un danger pour le petit humain à venir, mais les maîtres seront rassurés et c’est déjà beaucoup. «Nous travaillons beaucoup sur la psychologie avec les maîtres, reconnaît Jérôme Mascarin. Nous sommes là pour les aider, pas pour les juger, et si parfois nous leur conseillons des choses comme de ne pas dormir avec son chien nous n’allons jamais trop en contradiction avec leur façon de vivre avec leur animal.»

Car si «aucun chien n’est naturellement plus dangereux qu’un autre», le comportement des maîtres peut influencer considérablement son caractère. «Crier sur le chien l’abrutit complètement, il ne comprend plus rien ensuite, rappelle Jérôme Mascarin. Je dis souvent aux maîtres: si vous voulez que votre chien vous soit attaché, ne le tenez pas en laisse. Mais pour cela il faut qu’il soit éduqué.» Ne pas être violent avec son chien, être patient avec un chiot qui naturellement ne peut pas être propre avant l’âge de deux mois, savoir comprendre son animal… Le programme est aussi chargé pour les maîtres que pour les toutous. Qu’ils se rassurent néanmoins, être «trop gentil» avec son chien, ça n’existe pas selon Jérôme Mascarin. Mais, «comme pour un enfant, est-ce être gentil que de tout lui laisser faire?». A L’Ecole des chiens, les réunions parents-profs ressemblent finalement à toutes les autres.

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