Romain Sordello: «La vraie nuit noire est très rare»

INTERVIEW Beaucoup d'espèces animales sont impactées par la pollution lumineuse, selon Romain Sordello, du Muséum national d'histoire naturelle...

Propos recueillis par Audrey Chauvet

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Une chauve-souris.

Une chauve-souris. — Barry Mansell/SUPERSTOCK/SIPA

On ne distingue plus le jour de la nuit: dans les villes, mais aussi à la campagne, la pollution lumineuse a aboli la véritable nuit noire. Pourtant, certaines espèces animales et végétales dépendent de l’obscurité pour vivre: insectes, chauve-souris et même humains peuvent être perturbés par la rupture artificielle de ce cycle. Pour les aider, l’association Noé Conservation lancera ce jeudi une charte à destination des collectivités locales pour les inciter à éclairer leur ville sans déranger la vie nocturne. Romain Sordello, chef de projet au service du patrimoine naturel du Muséum national d’histoire naturelle, nous explique pourquoi l’éclairage est un enjeu crucial pour la biodiversité.

Comment la lumière affecte-t-elle la faune et la flore?

Toute la vie est construite sur le cycle naturel de l’alternance jour-nuit. Chaque espèce a un degré d’adaptation à la luminosité, de ce fait la lumière artificielle qui éclaire la nuit déséquilibre un cycle naturel qui est là depuis des milliers d’années. C’est une pollution pour les espèces habituées à l’obscurité et pour qui la nuit n’est pas un milieu hostile.

Quelles espèces sont concernées?

Beaucoup d’espèces, essentiellement des invertébrés qui vivent la nuit comme les insectes, mais les vertébrés sont presque tous concernés. Chez les oiseaux, les migrations se font beaucoup de nuit grâce au ciel étoilé qui est utilisé comme boussole. Au contraire, certaines espèces sont favorisées par la lumière artificielle: certaines chauves-souris en tirent bénéfice, à l’image de la pipistrelle commune qui chasse les insectes attirés par les lampadaires. Leur proie étant concentrée à un endroit donné, elles n’ont plus qu’à venir se servir.

La pollution lumineuse n’est donc pas uniquement négative?

Il y a quand même beaucoup plus d’espèces qui sont perturbées que favorisées. D’autant plus que celles qui profitent de la lumière sont souvent peu exigeantes et adaptées au milieu urbain, tandis que les espèces qui en souffrent sont déjà en régression.

Le phénomène touche-t-il seulement les villes?

Non, on peut trouver de la lumière artificielle hors des villes, notamment à cause des routes, des zones industrielles et des halos lumineux émis par les villes : un lampadaire a un impact jusqu’à 700m à la ronde. La lumière est une onde, un ensemble de photons qui se déplace donc la pollution va bien au-delà du point d’émission de la lumière. La vraie nuit noire est très rare, les seuls endroits où elles existent encore sont très reculés.

Peut-on dire que la pollution lumineuse est une cause d’extinction de certaines espèces?

La pollution lumineuse est associée à des transformations comme l’urbanisation et l’artificialisation des sols, on ne peut donc pas attribuer la régression des espèces à la pollution lumineuse. Mais elle altère le comportement, les déplacements et le cycle biologique de nombreuses espèces.

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