Des crapauds se reproduisent, le 13 avril 2013 au bois de Vincennes.
Des crapauds se reproduisent, le 13 avril 2013 au bois de Vincennes.

Audrey Chauvet

Ce ne sont pas les joggeurs ni les chiens en laisse qui leur feront peur. Le bois de Vincennes, c’est leur domaine et au retour des beaux jours, ils ressortent de leurs abris pour se livrer à toutes sortes de parades. Ces habitants très discrets du bois de l’est parisien, ce sont les pouillots véloces, les foulques, les sternes ou encore les crapauds. Pour un promeneur observateur, et de préférence muni de jumelles, une balade dominicale peut s’avérer aussi riche en rencontres qu’une visite au zoo.

Regarder en l’air sans marcher sur les vers de terre

Marc Giraud, naturaliste et auteur de La nature en bord de chemin (à paraître le 18 avril aux éd. Delachaux et Niestlé), nous guide à travers ce bois qui présente une richesse de milieux dont on n’avait pas conscience: un milieu aquatique, avec le lac Daumesnil, un milieu forestier et un milieu ouvert, près du château. «Paris est une ville assez intéressante en termes de biodiversité, explique-t-il, avec ses deux grands bois à l’ouest et à l’est et le grand espace vert du Père Lachaise». Des espèces animales et végétales trouvent donc, une fois n’est pas coutume, facilement un logement à la capitale.

Les conversations avec Marc Giraud sont régulièrement interrompues par les pépiements des oiseaux. «Ca, c’est une mésange charbonnière, identifie-t-il au premier cui-cui. Et cette corneille a les plumes blanches car elle doit avoir des carences dues à l’alimentation qu’elle trouve dans les poubelles.» Alors que l’on n’entendait que le ronronnement de la circulation alentour, on commence à se concentrer sur les chants des oiseaux et à regarder en l’air plutôt que d’éviter les crottes de chien. Attention quand même à ne pas marcher sur un ver de terre: Marc Giraud en ramasse un resté au beau milieu de la piste cyclable, «pour son karma».

Exotisme avec les tortues de Floride et les perruches

Sur le lac, c’est le calme plat. Cette première journée de soleil a poussé les bernaches du Canada sur les rives où elles prennent le soleil au côté de deux tortues de Floride. «Celles-là ont certainement été abandonnées par quelqu’un», regrette Marc Giraud. Le héron, lui, trône royalement sur le bord, regardant avec dédain les lourds cygnes qui nagent: «Le héron fait deux mètres d’envergure mais ne pèse que 2 kilos, tandis que le cygne est l’oiseau le plus lourd d’Europe: il peut peser jusqu’à 25 kilos», explique le naturaliste. En levant la tête pour regarder le vol nuptial des pigeons, qui consiste en une descente «en parachute» précédée de plusieurs battements d’ailes, on aperçoit un cormoran en haut d’un arbre. Non, la mer ne s’est pas rapprochée, mais comme les mouettes et d’autres animaux marins, il vit aussi le long des fleuves. «On voit même des phoques sur la Loire, en plein Orléans», nous assure Marc Giraud.

Les quelques pêcheurs présents sur le bord du lac ont de la concurrence: goélands et sternes plongent pour y trouver à manger. Pendant ce temps, les perruches vert acidulé filent rapidement dans les airs. Ces nouvelles habitantes du bois se sont reproduites après que des Parisiens ont ouvert la cage aux oiseaux. Mais cette invasion n’effraye pas le faucon crécerelle qui surveille tout ce petit monde du haut de son arbre.

Les crapauds copulent sans scrupules

L’impressionnant rapace ne fait pas peur aux crapauds qui, dans la partie plus boisée de Vincennes, se livrent à des ébats débridés. «Niveau kamasutra, ils sont pas mal», sourit Marc Giraud. On éloigne les enfants et en regardant dans l’eau, on peut voir des paquets entiers de crapauds qui s’accouplent à deux, trois, voire plus. Le printemps s’est fait attendre mais le temps perdu est vite rattrapé pour les amphibiens. Les bourdons aussi ont fort à faire: les femelles, seules survivantes de l’hiver, doivent butiner pour donner naissance aux mâles qui les féconderont à nouveau cet été.

A l’approche du château de Vincennes, la vie sauvage s’estompe peu à peu pour laisser place aux chiens en laisse. Qui eux aussi ont un comportement intéressant aux yeux de Marc Giraud. «La façon dont ils se saluent ou jouent ensemble est toujours la même, quelque soit la race», explique-t-il, regardant avec tendresse deux chiens en train de jouer. Intarissable sur toutes les espèces, Marc Giraud nous laisse regagner la civilisation avec l’impression d’être parti pour un grand voyage. Et l’envie de revenir voir ces voisins parisiens, en prenant son temps et en ouvrant grand les yeux.