Chanee: «L'écologie, c'est tout faire pour provoquer l'orgasme de sa partenaire»

INTERVIEW Le Français Aurélien Brulé, rebaptisé «Chanee», sauve les gibbons en Indonésie mais n'oublie pas l'aspect humain de l'écologie...

Propos recueillis par Audrey Chauvet

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Chanee et un bébé gibbon.

Chanee et un bébé gibbon. — Kalaweit

Aurélien Brulé a disparu derrière Chanee. En quinze ans de vie en Indonésie, où il a rencontré sa femme et élève deux enfants, Aurélien est devenu Indonésien de cœur et depuis peu de nationalité. Son association, Kalaweit, recueille les gibbons et animaux en danger dans les forêts de Bornéo et Sumatra, mais Chanee n’oublie pas le côté profondément humain de sa mission. De passage en France pour la promotion de son livre Le sourire fendu, ou l’histoire de Gibbon, Chanee a expliqué sa conception de l’écologie à 20 Minutes.

Votre livre parle autant d’hommes que d’animaux, pourquoi?

Parce que l’expérience humaine est aussi importante. Lorsque je suis parti en Indonésie à 18 ans pour sauver les gibbons, j’avais une vision assez misanthrope. J’ai vite compris qu’il fallait faire l’inverse si l’on veut sauver les animaux et la nature. Mon association a pu être acceptée là-bas parce que je vis à l’indonésienne. Par exemple, l’expérience de la circoncision a été importante et m’a permis d’être accepté pour bien remplir ma mission.

Bornéo, les gibbons, la forêt… L’image fait rêver, pourtant dans votre livre vous décrivez une situation assez violente, notamment à cause des vols de singes, de la corruption… Ca a été un choc pour vous?

Quand je suis arrivé en Indonésie, j’ai été berné par tous les sourires, la gentillesse… Mais j’ai vite compris qu’il y avait beaucoup de sourires différents et au quotidien je me suis heurté à pas mal de soucis. Souvent, un conflit devient une question de vie ou de mort. J’ai pris beaucoup de claques mais elles m’ont permis de grandir et de comprendre la réalité: soit je repartais, soit j’y allais à fond.

Vous dites avoir subi notamment des pressions, lesquelles?

L’industrie de l’huile de palme exerce des pressions sur nous. Notre association soutient les villageois qui s’opposent à la déforestation pour planter des palmiers, donc nous recevons des menaces de la part de fonctionnaires hauts placés qui ont des intérêts contraires. Cela peut aller jusqu’à la menace d’attaque physique. Ma famille et ma maison sont gardés 24h/24 à cause de mon combat. Si vous faites de l’environnement en Indonésie, vous ne pouvez pas avoir que des amis.

La situation de l’environnement s’est-elle améliorée en Indonésie depuis quinze ans?

Non, l’environnement va dans la mauvaise direction. Il n’y a aucun frein mis à la déforestation malgré les pressions internationales et le mécanisme REDD. Notre association est de plus en plus forte et nous remportons de petites victoires mais à l’échelle du pays, ce n’est pas positif. Nous allons diffuser une émission de télé à partir de septembre sur une chaîne nationale pour sensibiliser les Indonésiens et expliquer toutes les problématiques environnementales à travers les animaux. Le plus important, ce ne sont pas les gibbons, mais le message que nous diffusons autour de nous.

Dans votre livre, vous écrivez quelques définitions de l’écologie assez surprenantes…

En France, on a l’impression qu’il faut être déprimé pour être un bon écolo. Pour moi, l’écologie est plutôt une démarche positive de respect de la vie dans son ensemble. Donc, quand j’écris que l’écologie, c’est tout faire pour provoquer l’orgasme de sa partenaire, c’est parce que l’objectif est de faire du bien à l’autre. L’écologie, ça doit être aussi beau que ça.

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