Le professeur Gilles-Eric Seralini, en janvier 2013.
Le professeur Gilles-Eric Seralini, en janvier 2013. - AFP PHOTO GEORGES GOBET

Propos recueillis par Audrey Chauvet

Protéger les lanceurs d’alerte est une bonne chose, mais protéger la santé publique en serait une meilleure. Les scientifiques qui, les premiers, alertent sur les dangers d’un médicament, d’un aliment, d’un produit, sont souvent seuls face à des institutions ou des lobbys. Pour Gilles-Eric Séralini, auteur d’une étude très controversée sur les OGM publiée en septembre dernier, la loi adoptée par le Parlement ce mercredi devrait être complétée par des mesures pour une plus grande transparence des entreprises.

De quoi les lanceurs d’alerte ont-ils besoin d’être protégés?

Dans mon cas, après la sortie de mon étude sur les OGM, j’ai été confronté à la diffamation par les gens qui vendaient ces produits. On m’a même accusé d’appartenir à une secte. Cela a conduit l’université de Caen, où je suis chercheur, à être précautionneuse, à créer des problèmes… Cette marginalisation a des conséquences diffuses: il peut être difficile de se maintenir à son poste, de garder des étudiants en thèse, il peut y avoir des pressions sur l’université, les collègues…

La loi adoptée cette semaine vous parait-elle suffisante?

C’est une bonne chose mais cela souligne qu’aujourd’hui les problèmes sont graves pour la santé publique. Les «lanceurs de toxiques», eux, sont toujours dans l’illégalité: les grandes firmes chimiques, les producteurs d’OGM et de pesticides, et qui détiennent les brevets ne donnent pas les études qui ont permis la mise sur le marché de leurs produits. Il faut lever cette pseudo-confidentialité sur la manière dont ils font les tests et permettre une expertise contradictoire ouverte. Dans les cas du bisphénol A, du Médiator ou du sang contaminé, si on avait eu cette transparence, on aurait évité de devoir lancer des alertes.

La loi ne résout donc pas l’origine du problème?

Il y a trop de secrets qui font qu’on a besoin de lanceurs d’alerte. Les protéger ne créé pas une situation de transparence qui évite qu’on ait à crier. Il faut aussi régler le problème des collusions d’intérêt entre les agences officielles et les entreprises. Aujourd’hui, je pense sincèrement qu’il n’est plus possible d’avoir une véritable expertise indépendante car l’Etat ne paye pas ses experts alors que les entreprises les payent à foison. En publiant les dossiers d’évaluation des produits et en organisant une expertise contradictoire, un monde avec des produits bien évalués pourrait commencer à poindre.