La résistance tranquille de Pierre Rabhi contre la «frénésie» du monde

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Publié le 26 mars 2013.

PARIS - Pionnier de l'agriculture biologique et chantre de la «sobriété heureuse», l'agriculteur et écrivain Pierre Rabhi décrit sa résistance tranquille contre une «société de la frénésie qui a donné à l'argent les pleins pouvoirs» dans un film qui sort mercredi au cinéma.

«Le modèle de société aujourd'hui incite tout le monde à être insatiable, c'est-à-dire à n'être jamais satisfait», juge-t-il dans un entretien à l'AFP en plaidant pour «l'auto-limitation, la sobriété, la puissance de la modération... Ca c'est réaliste.»

Des sandales aux pieds, même dans les rues de Paris, l'agriculteur de 75 ans s'apprête à parcourir la France pour accompagner le film «Pierre Rabhi, au nom de la Terre», de Marie-Dominique Dhelsing. Le documentaire, programmé dans 300 salles, relate «l'itinéraire et les valeurs» de ce natif du Sahara algérien, Ardéchois d'adoption, qui promeut depuis les années 60 l'agroécologie, sans engrais chimiques et dans le respect des rythmes naturels.

«Je ne connaissais pas l'agriculture, j'ai voulu apprendre, je me suis retrouvé dans des fermes qui pratiquaient l'agriculture moderne avec beaucoup de chimie, beaucoup de poisons. Cela m'a réveillé. Je me suis alors intéressé à d'autres méthodes beaucoup plus conformes à la biologie», raconte-t-il, voix douce et barbiche poivre et sel.

«L'agroécologie est reconnue maintenant, même par les Nations unies, comme étant la bonne solution pour résoudre les problèmes de l'alimentation dans le monde. Certains la réduisent à l'agriculture de papa, mais non! C'est une agriculture qui a beaucoup bénéficié des avancées scientifiques en matière de compréhension des sols et de la vie biologique», assure celui qui se décrit comme «un petit avocat de la terre».

«Produire et consommer localement»

C'est ainsi, dans ses livres, ses interventions en France et à l'étranger mais surtout dans son jardin, que Pierre Rabhi «résiste» sans éclats de voix contre un «modèle défaillant», celui du productivisme agricole et des affaires Spanghero ou autre.

«La problématique alimentaire est la plus absurde qui soit. Les villes sont aujourd'hui nourries par des denrées alimentaires qui font des milliers de kilomètres. Pour nous, produire et consommer localement est fondamental.»

«L'homme moderne est de plus en plus loin de la nature. Il y fait simplement quelques intrusions pour faire quelques glissades sur la neige ou aller s'exposer au soleil sur les plages, mais tout le reste du temps il est confiné dans un espace très restreint... ce n'est pas étonnant que cela ait généré un mode de pensée limité», estime le paysan globe-trotteur, dont le film raconte qu'il aurait pu être ministre au Burkina Faso.

«Il y a des lois intangibles. Vouloir transgresser les lois de la nature, c'est se condamner à mort...», tranche Rabhi, dont les préceptes ont inspiré Nicolas Hulot et sont mis en oeuvre depuis des années par les militants de mouvements comme Terre & Humanisme ou Colibris.

«C'est vrai que je suis écouté. Mais je n'ai aucune envie de cette notoriété ou d'être un gourou, c'est embarrassant d'avoir une renommée... Heureusement pour moi, je ne suis pas simplement à remplir des bibliothèque de principes, je suis aussi dans des actions concrètes... C'est là que je trouve ma cohérence», conclut celui qui compte aussi parmi ses soutiens la chanteuse Camille.

© 2013 AFP
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