Un logement insalubre.
Un logement insalubre. - AFP PHOTO

Avec Reuters

François Hollande a annoncé ce jeudi une série de mesures en faveur du logement, détaillant notamment un plan de rénovation énergétique qui visera principalement les «passoires thermiques», ces 4 millions d'habitations très mal isolées. Les travaux de rénovation thermique de 500.000 logements représenteront un investissement total de huit milliards d'euros par an jusqu'en 2017, selon les estimations de cabinets de conseil spécialisés.

Ciblés sur ces logements les plus énergivores, les travaux bénéficieront d'un retour sur investissement rapide, environ huit ans, à partir duquel la France réalisera 4 milliards d'euros d'économies d'énergies chaque année, précise le cabinet Sia Partners, qui publie une étude sur le sujet. «Ce scénario nécessite d'importantes dépenses sur les quatre premières années mais les résultats sont au rendez-vous puisque ce sont ensuite 4 milliards qui seraient économisés chaque année sur la facture énergétique», dit l'étude, qualifiant ce plan de «très rentable».

Mieux cibler les travaux

En France, les 20% de logements les plus anciens engloutissent à eux seuls la moitié de l'énergie consommée par le parc immobilier, selon cette étude.  L'idée de puiser dans ce gouffre de consommation n'est pas nouvelle, le Grenelle ayant fixé dès 2007 un objectif de 400.000 rénovations thermiques par an à partir de 2013. Mais seuls 120.000 logements privés et 25.000 logements sociaux bénéficient actuellement d'une rénovation énergétique performante chaque année, selon le ministère du Logement. Pour atteindre l'objectif «ambitieux» de 500.000 logements par an, les incitations fiscales mises en place après 2007 comme l'Eco PTZ et le crédit d'impôt développement durable (CIDD) doivent être mieux orientées, souligne le cabinet de conseil Carbone4.

Le CIDD représentait un coût de 2 milliards d'euros en 2011 et l'Eco PTZ cumulait 400.000 millions d'euros pour l'Etat, selon les chiffres cités par ce cabinet, qui publiait en octobre 2012 une étude sur le sujet. «Ca ne coûtera pas forcément plus cher à l'Etat. Il s'agit de mieux cibler les travaux, pas de doubler l'enveloppe. Avec deux milliards d'euros on peut faire quelque chose de très bien», explique Emmanuel Blanchet de Carbone4, précisant que les travaux s'élèvent à 20.000 euros par logement en moyenne.  L'exécutif a confirmé jeudi que ces deux dispositifs seraient optimisés. De plus une prime exceptionnelle de 1.350 euros pendant deux ans sera attribuée aux ménages les plus précarisés.
A partir de 2015, un système de tiers financeur viendra suppléer les subventions publiques, ajoute-t-il.

Gare à l’effet rebond

Grâce à ces rénovations énergétiques, le gouvernement vise à atteindre 38% d'économies d'énergies grâce à ces rénovations, conformément à l'objectif fixé par le Grenelle de l'environnement en 2007. Mais les économies totales d'énergies pourraient être moins importantes qu'espéré, note Emmanuel Blanchet. Le Centre d'analyse stratégique (CAS) a ainsi mis en avant dans une étude publiée en février un possible «effet rebond», les ménages vivant dans des passoires thermiques, qui limitaient fortement leur consommation, pourraient modifier à la hausse leur comportement après la rénovation de leur logement. «Les comportements de consommation minent en effet les économies d'énergie attendues (...), selon le phénomène de l'effet rebond, qui peut annuler de 5 %... à 50 % de ces gains», prévient le CAS.

Le bâtiment - logement et résidentiel - représente le premier poste de consommation d'énergie en France (44%), loin devant le secteur des transports (32%), plus souvent pointé du doigt en raison de ses émissions de gaz à effet de serre.