Vaches laitières dans un pâturage normand.
Vaches laitières dans un pâturage normand. - GILE MICHEL/SIPA

En France, on n’a pas de pétrole, mais on a des vaches. Et leurs bouses pourraient devenir une énergie d’avenir, à l’heure où le gouvernement veut engager le pays dans la transition énergétique. L’Institut national de recherche en sciences et technologies pour l’environnement et l’agriculture (Irstea) a ainsi calculé que si toutes les bouses et crottes produites par les animaux présents sur le Salon de l’agriculture, qui ouvre ce samedi, avaient été méthanisées, elles auraient pu alimenter en électricité cinq familles françaises pendant un an. Mais comment transforme-t-on des bouses en électricité?

De la vache à la prise de courant

Prenons l’exemple des vaches du salon. «Nous avons calculé qu’elles produiront à peu près 530 tonnes de déjections pendant les dix jours, soit 530m3, et nous savons qu’on produit environ 30m3 de biogaz, composé de méthane et de CO2, par tonne de déjections animales, explique Fabrice Beline, directeur de recherches en bioprocédés de traitement des déchets organiques IRSTEA. Nous pouvons donc produire 15.900m3 de biogaz.»

Tout le monde a suivi? Alors, on continue. «Le biogaz est composé environ à 60% de méthane, un gaz qui a un potentiel énergétique d’environ 10kWh/m3, donc on arrive à environ 95.400kWh d’énergie primaire. Avec un rendement de conversion du méthane en électricité d’environ 30-35%, on obtient 33.000kWh d’électricité par an.» En résumé: on récupère le gaz issu de la bouse, on le transforme en énergie et on le convertit en électricité.

De la bouse dans le bouquet énergétique

En pratique, on ne va pas demain aller acheter ses bouses à la ferme la plus proche pour les mettre dans un poêle. La méthanisation, encouragée depuis le Grenelle de l’environnement en tant qu’énergie renouvelable, pourrait en revanche faire partie du bouquet énergétique futur de la France. L’électricité produite à partir des différents déchets organiques, et transformée dans des usines de méthanisation, serait rachetée par les fournisseurs d’électricité et intégrée dans les réseaux de distribution au même titre que l’énergie produite par les éoliennes ou les centrales solaires.

Même bien nourries, les vaches françaises ne chaufferont pas tout le pays: «En termes de substrats, on pourrait fournir 3 à 5% de la consommation d’énergie française si on méthanisait toutes les déjections animales, chiffre Fabrice Beline. Dans le monde, si tous les déchets méthanisables l’étaient, on pourrait produire l’équivalent de neuf à dix centrales nucléaires.» La France ne compte encore qu’une cinquantaine d’usines de méthanisation, tandis que l’Allemagne en est déjà à plusieurs milliers, et la production française de biogaz ne représente qu’environ 3% de la production d’énergies renouvelables. Mais au-delà de l’électricité produite, la méthanisation a surtout des vertus environnementales: elle réduit la quantité de CO2 émise par les effluents d’élevage dans l’atmosphère et limite la quantité de substrats épandus, qui peuvent polluer les sols lorsqu’ils sont en excès. L’avenir de la planète se joue en partie dans la bouse de vache.

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