Un viticulteur de Bordeaux dans ses vignes.
Un viticulteur de Bordeaux dans ses vignes. - SIPA

La vue sur le vignoble: un rêve qui pourrait bien se transformer en cauchemar. Selon l’association Générations futures, l’exposition aux pesticides utilisés dans les vignes ne touche pas seulement les viticulteurs qui les appliquent mais aussi les salariés viticoles et les voisins des vignes. Une enquête menée par l’association, basée sur l’analyse de mèches de cheveux de 25 personnes volontaires entre octobre et novembre 2012 dans le Médoc, a révélé la présence de résidus de pesticides dans leur organisme.

Dix molécules cancérigènes

Parmi ces 25 personnes figuraient quinze salariés viticoles, dont six ont déclaré ne pas avoir été exposés directement à des pulvérisations de produits, et dix non-salariés viticoles, dont cinq habitants à moins de 250m des vignes. «Chaque échantillon de cheveux de 3cm a permis d’évaluer l’exposition moyenne au cours du trimestre précédent la date de prélèvement», explique Vincent Peynet, directeur du laboratoire qui a mené les tests. Sur les 35 molécules recherchées lors des tests, 22 ont été retrouvées au moins une fois dans les échantillons de cheveux. Sur ces 22 molécules, dix sont classées cancérigènes possibles en Europe, s’alarme Générations futures.

Chez les salariés agricoles, le nombre moyen de pesticides retrouvé était de 6,6, soit onze fois plus que chez les voisins des vignes. «Ces résultats montrent clairement que l’exposition des travailleurs agricoles à des pesticides dangereux est très importante, commente François Veillerette, porte-parole de Générations futures. Le simple fait de travailler au contact des végétaux traités ou une atmosphère chargée de vapeurs de pesticides suffit à exposer les professionnels de l’agriculture à des doses inquiétantes.»

Mieux protéger les travailleurs

Mais pour l’association, il faut aussi se soucier des voisins des vignes. Ceux qui vivent à moins de 250m des ceps traités portent en moyenne trois résidus de pesticides dans leurs cheveux. «Des distances de pulvérisation doivent enfin être mises en place car il n’est pas acceptable de voir que le simple fait de vivre à proximité des vignes multiplie par cinq le nombre de molécules détectées», réagit François Veillerette. L’association réclame également que l’interdiction de pulvérisation lorsque le vent est fort soit plus strictement appliquée, ainsi qu’une amélioration des équipements de protection individuelle pour les salariés agricoles.

Les vignes représentent en France 14% des pesticides utilisés, selon une étude de l’Institut national de la recherche agronomique (Inra) publiée en 2010, pour seulement 3,7% de la surface agricole française. La majorité des pesticides utilisés sont des fongicides destinés à tuer des champignons comme le  mildiou. La mode du vin bio et le plan Ecophyto, qui vise à réduire de 50% l’utilisation de pesticides en France d’ici à 2018, permettront peut-être de réduire l’utilisation de produits phytosanitaires dans les vignobles.

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