Deux ours polaires se câlinent au Canada, fin 2012.
Deux ours polaires se câlinent au Canada, fin 2012.

Audrey Chauvet

Les inscriptions ne sont pas encore ouvertes pour aller nourrir les ours blancs du Canada, d’Alaska, de Groenland, de Norvège ou de Russie, mais ils pourraient bientôt avoir besoin de nous. Avec le réchauffement climatique, la saison chaude se prolonge et les glaces diminuent, réduisant comme peau de chagrin le territoire de chasse et de pêche des ours. Selon une étude publiée dans Conservation Letters, des experts des régions arctiques estiment que les pays qui hébergent les quelque 20.000 derniers ours polaires devraient rapidement mettre en place des plans de gestion des animaux.

Manger c’est bien, avoir un territoire c’est mieux

Les douze experts ont ainsi formulé des recommandations incluant «une alimentation supplémentaire» pour compenser l’impossibilité d’attraper des jeunes phoques, le mets préféré des ours. De la viande prête à consommer leur serait distribuée sur de larges distances de banquise, à la  fois pour éloigner les ours des villages et pour leur éviter d’entrer en concurrence les uns avec les autres. Des hélicoptères pourraient être utilisés pour déposer la viande dans les endroits les plus reculés. Les ours aimeraient-ils cette nourriture prête à consommer? Comment s’approvisionner en viande de phoque sans mettre ces animaux à leur tour en péril? Les scientifiques avouent que «nous n’avons pas d’expérience sur ces questions, et il faudrait se coordonner et échanger avec les Européens, qui nourrissent les ours bruns», explique Andrew Derocher, de l’université d’Alberta.

Mais même si tout cela était faisable, les biologistes rappellent que la seule manière de sauver les ours polaires est de préserver leur habitat naturel. «Conserver des centaines d’ours mi-sauvages en leur faisant un régime adapté ne correspond pas à ma philosophie, mais peut-être que dans quelques centaines d’années, ce sera considéré comme visionnaire, précise Andrew Derocher. Si nous parvenons finalement à contrôler les émissions de gaz à effet de serre.»