Delphine Batho: «Je pense que nous continuerons d'avoir besoin d'une part de nucléaire»

INTERVIEW La ministre de l'Ecologie assure que le débat citoyen sur la transition énergétique sera important pour définir l'avenir de l'énergie française...

Propos recueillis par Audrey Chauvet

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La ministre de l'Ecologie, Delphine Batho, le 5 février 2013 à Paris.

La ministre de l'Ecologie, Delphine Batho, le 5 février 2013 à Paris. — V.Wartner / 20 Minutes

Un site Web dédié, des journées portes ouvertes en mars dans les entreprises productrices d’énergie, des débats régionaux ouverts à tous… Le ministère de l’Ecologie a mis les petits plats dans les grands pour inciter tous les citoyens à participer à la grande concertation nationale sur la transition énergétique. Si l’énergie est un enjeu écologique majeur, ce débat va également soulever des questions économiques, sociales et d’indépendance énergétique complexes. Delphine Batho, ministre de l’Ecologie, assure que la parole des citoyens jouera un rôle important dans la définition de la stratégie énergétique de la France.      

Quels sont les enjeux de ce débat national?

Il s’agit de faire des choix décisifs pour l’avenir de la France au travers de sa politique de l’énergie: beaucoup de citoyens sont confrontés à l’augmentation de leur facture d’électricité ou de gaz, la menace du réchauffement climatique est de plus en plus perceptible, le déficit de la balance commerciale lié à nos importations d’hydrocarbures est de 61 milliards d’euros. On voit bien que l’enjeu est à la fois écologique, social et économique.

Quel poids peut avoir la parole des citoyens dans ces décisions complexes?

Il y a un cadre fixé par les engagements internationaux de la France sur la réduction des émissions de gaz à effet de serre et le développement des énergies renouvelables à l’horizon 2020 et les engagements pris par François Hollande pendant la campagne présidentielle sur la fermeture de Fessenheim, l’achèvement de l’EPR et l’évolution de notre mix électrique. Mais ces engagements laissent une large place au débat pour savoir comment on atteint ces objectifs, par exemple comment on divise par quatre nos émissions de gaz à effet de serre d’ici à 2050.

Concrètement, que va-t-il ressortir du débat?

Ce seront des recommandations sur lesquelles le gouvernement s’est engagé à baser la loi de programmation pour la transition énergétique que je présenterai au Parlement à l’automne prochain. Ce débat national doit favoriser aussi une prise de conscience citoyenne en matière d’économies d’énergie, qui sont le levier le plus important pour réduire notre facture énergétique. Cela passera par l’isolation des logements, le grand programme de rénovation thermique sur lequel travaille Cécile Duflot, par les nouvelles technologies comme les smart grids qui permettent de réaliser de 20 à 35% d’économies d’énergie avec des investissements raisonnables et vite rentabilisés.

La semaine dernière, lors du Comité stratégique de la filière nucléaire, vous avez déclaré que le nucléaire continuerait d'occuper une part très importante. Est-ce compatible avec le débat national?

L’engagement de François Hollande est de réduire la part du nucléaire dans un équilibre entre 50% d’énergie renouvelable et 50% de nucléaire. La cohérence de ce mix électrique est d’être basé sur les énergies décarbonées. Si nous diminuons la part du nucléaire, c’est pour avoir plus d’énergies renouvelables, pas pour avoir davantage recours aux hydrocarbures. Je pense que nous continuerons d’avoir besoin d’une part de nucléaire pour des raisons de sécurité d’approvisionnement et de coût de l’énergie, mais ceux qui défendent des idées différentes pourront bien sûr le faire, il n’y a pas de tabou dans ce débat. Il faut toutefois être attentif à ce que le débat légitime sur l’avenir du nucléaire n’occulte pas la question de la place des énergies fossiles dans le mix énergétique français actuel, qui est considérable.

Quand vous entendez Arnaud Montebourg défendre le gaz de schiste ou de houille «made in France», qu’en pensez-vous?

Le gaz de houille est déjà exploité à deux endroits en France et il n’y a à ce jour que des demandes d’exploration. Il n’est pas démontré que l’exploitation serait rentable économiquement. Il faut être attentif aux impacts environnementaux, c’est pour cela que j’ai demandé une évaluation complète des connaissances sur ce sujet. En ce qui concerne les gaz de schiste, l’arbitrage rendu par le président de la République est parfaitement clair et c’est à l’honneur de la France d’avoir mis au-devant de toute considération le problème des impacts environnementaux de la fracturation hydraulique, qui sont incontestables.

La France a un système très centralisé de production électrique, la production régionalisée voire locale est-elle une piste d’avenir?

Ca fait partie du débat. Je suis très attachée à la péréquation tarifaire, c’est-à-dire que le prix de l’électricité et du gaz est le même partout en France, et à la notion de service public. Une des questions est donc de savoir comment articuler cela, et la sécurité d’approvisionnement qui est indispensable, avec une mobilisation beaucoup plus forte des territoires dans la transition énergétique. Si je prends l’exemple du photovoltaïque, permettre l’autoconsommation quand on met des panneaux solaires sur son toit fait partie des options qui vont être discutées.

Un projet de loi est déjà en discussion pour la tarification progressive de l’énergie.  Le sujet peut-il encore être débattu ou est-ce trop tard?

Pendant le débat, le gouvernement doit continuer de faire son travail et il nous faut d’ores et déjà prendre un certain nombre de mesures. La proposition de loi de François Brottes va étendre les tarifs sociaux de l’énergie et permettre à huit millions de Français d’en bénéficier, et va poser les bases du bonus/malus qui nécessitera un travail approfondi pour être opérationnel. Nous avons besoin que la disposition législative soit votée maintenant pour que ce mécanisme du bonus/malus soit applicable en 2015.

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