Pourquoi le carbone ne vaut plus rien?

ECONOMIE Le marché européen du CO2 a atteint un niveau historiquement bas...

Audrey Chauvet

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Un trader à la Bourse de Paris.

Un trader à la Bourse de Paris. — Francois Mori/AP/SIPA

Pour à peine plus cher que deux tickets de métro, achetez donc une tonne de carbone. Les prix des droits d'émission de CO2 ont atteint jeudi un niveau historiquement bas, à 2,81 euros la tonne, alors qu’elle était à environ 6 euros à la fin 2012.

Moins d’activité, moins de CO2, moins de valeur

Cette chute vertigineuse a suivi le vote de la Commission de l'Energie du Parlement européen contre le projet visant à «geler» temporairement des quotas afin de soutenir les prix du carbone. Les cours sont ensuite repartis à la hausse, remontant à plus de 4 euros. «La liquidité a disparu pendant un instant et cela a provoqué la chute libre», a expliqué un trader. «La nouvelle elle-même ne justifiait pas une telle chute libre, celle-ci est due principalement à des facteurs techniques.»

Des facteurs techniques que détaille Cédric Bleuez, directeur du cabinet Carbon Market Data, interrogé par 20 Minutes: «Le marché est long, car il y a eu des distributions de quotas gratuits très importante par rapport aux besoins de industriels», explique l’analyste. Comprendre: les tonnes de carbone attribuées gratuitement par l’Europe aux industries concernées, censées correspondre à leurs émissions de CO2, ont été largement suffisantes cette année car la récession économique globale a entraîné une baisse de l’activité et donc des rejets de CO2.

Encore une faille du marché du carbone

Les entreprises ont donc des quotas de carbone en trop, qu’elles peuvent revendre sur le marché. Elles ont tout intérêt à ce que le marché monte, et le refus du Parlement européen de soutenir les prix de la tonne de CO2 a donc provoqué un affolement passager. Pour redresser le marché aujourd’hui, «Il peut y avoir une loi européenne pour faire en sorte que moins de quotas soient disponibles sur le marché et ensuite un accord au niveau mondial en 2015», estime Cédric Bleuez qui voit dans l’apparition de marchés carbone en Chine, Corée du Sud, Australie et Nouvelle-Zélande une chance pour maintenir le prix du carbone.

Mais dans ces spéculations, le climat est le grand oublié. Car quand le prix du carbone baisse, ce sont «les sociétés électriques qui ont une intensité carbone élevée qui en profitent», juge Cédric Bleuez. Celles qui font de l’électricité à partir de combustibles fossiles, comme le charbon et le gaz, peuvent ainsi financièrement plus à l’aise et voient leur coût de revient diminuer. Encore une faille pour le marché du carbone européen, déjà accusé de ne pas être efficace pour lutter contre les émissions de gaz à effet de serre. Certains analystes estiment que les permis devraient atteindre au moins 20 euros la tonne pour pousser les compagnies d'électricité à modifier leur politique de production. 

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