Un homme se lave les mains au robinet.
Un homme se lave les mains au robinet.

Recueilli par N. Ro.

Comment est établie la norme de potabilité en France?

Elle repose sur toute une réglementation suivant des directives européennes. En tout, une soixantaine de paramètres sont contrôlés de manière très stricte. De cette façon, si une personne boit, chaque jour et pendant toute sa vie, une eau dans laquelle la valeur limite d’un de ces paramètres est légèrement dépassée, il y a, au maximum, une chance sur un million pour qu’elle tombe malade. Le niveau de risque est comparable à ce qui est appliqué aujourd’hui en matière de sécurité aérienne.

Pourquoi y-a-t-il des dérogations à cette norme et qu’est-ce que cela signifie?

Dans 97 à 98 % des communes françaises, le verre d’eau est tout à fait conforme à la norme de potabilité. Dans quelques communes cependant, pour quelques paramètres, qu’ils soient chimiques ou microbiologiques, la valeur admissible peut être dépassée (voir la carte de France des dérogations, publiée par France libertés). Pour des nitrates ou du fluor par exemple. Si elle n’est pas conforme au sens réglementaire du terme pour tel ou tel paramètre, avec un dépassement minime constaté, cette eau n’est cependant pas dangereuse.

Y a-t-il aujourd’hui, dans l’eau du robinet, des substances que l’on ne sait pas traiter?

Aujourd’hui, on sait traiter tous les paramètres contrôlés. Y compris les perchlorates découverts dans l’eau de plusieurs communes du Nord de la France : on pense que ce sont des résidus de la Première Guerre mondiale puisque l’on utilisait ce type de produits dans la fabrication d’obus. La seule chose qui évolue, c’est le coût du traitement. L’avancée des programmes analytiques permet surtout de découvrir de plus en plus de choses dans l’eau, notamment ce dont on ignorait auparavant la présence. Comme des résidus médicamenteux.

Concrètement, qu’est-ce que l’on appelle des résidus médicamenteux dans l’eau?

Un certain nombre de recherches menées à travers le monde ont souligné que l’on pouvait trouver ces résidus sous forme de molécules dans les ressources en eau. Pas dans l’eau potable : ils ont été détectés dans les masses souterraines ou les rivières par exemple. Ces molécules -ainsi que d’autres, ce ne sont pas les seules- peuvent provoquer des effets perturbateurs endocriniens sur un certain nombre de populations animales vivant dans les eaux. C’est le cas des stéroïdes que l’on trouve par exemple dans la pilule contraceptive et dont les résidus évacués depuis les toilettes peuvent se retrouver dans la nature.

Est-ce dangereux pour l’homme ?

Pendant longtemps, ces résidus ne faisaient pas l’objet d’analyse. Ils le sont depuis plus de trois ans. Depuis une campagne d’étude conduite par le laboratoire d’hydrologie de l’Agence nationale de sécurité sanitaire à Nancy, qui a fait des recherches sur les ressources en eau et jusqu’au domicile des usagers. Dans le pire des cas, quand des résidus médicamenteux ont été trouvés –ce qui est très rare- cela se mesurait en nanogramme par litre au robinet. C’est peu... Attention, je ne dis pas que c’est bien, je dis juste que c’est vraiment très faible. Prenons l’exemple des traces d’aspirine : il faudrait boire des centaines voire un millier de mètre cubes d’eau par jour pour arriver à une dose thérapeutique. 

Autour de quels enjeux les recherches autour de l’analyse de l’eau se structurent-elles ?

Concrètement, la présence ou non de tel ou tel résidu médicamenteux dans un verre d’eau ne représente, en soi, aucun risque pour l’homme. L’important, c’est de veiller à ce qu’il n’y ait pas d’effet synergique éventuel entre les dizaines ou centaines de molécules présentes à très faible dose dans un verre d’eau. C’est ce qu’on appelle l’effet cocktail. A cette minute, cela n’a pas été démontré. Cela reste cependant un sujet de recherche. Notamment en prenant aussi en compte l’interaction avec les autres apports éventuels, qu’ils soient alimentaires, cosmétiques ou aériens.

>> Retrouvez notre dossier spécial sur l'eau ici