Hubert Reeves, président de l'association Humanité et biodiversité, en mars 2011.
Hubert Reeves, président de l'association Humanité et biodiversité, en mars 2011. - LAMACHERE/BALTEL/SIPA

Audrey Chauvet

Le permis Limonade a mis de l’eau dans le gaz. Accordé par un arrêté du 26 octobre dernier signé par Arnaud Montebourg, ministre du Redressement productif, il autorise la société française Rexma à exploiter l’or de la rivière Limonade, proche du village de Saül. Or cette zone est très proche du parc national amazonien et pourrait causer de graves dommages à l’environnement et à la population, selon les opposants au projet.

Destruction d’espèces

Les gestionnaires du parc national ont estimé que la mine entraînerait «la destruction inévitable de milieux naturels préservés» et de «nombreuses espèces de vertébrés protégés», parmi lesquels 35 espèces d'oiseaux dont l'ibis vert, le duc à aigrettes et la chouette mouchetée. Dans les villages avoisinants, les avis sont partagés: si certains s’inquiètent de la pollution de la rivière et de la déforestation de la zone, d’autres espèrent que les soixante-dix emplois que doit créer la mine profiteront aux populations locales. Les entreprises minières, elles, rappellent qu’il vaut mieux accorder des permis à des opérateurs légaux que de laisser faire les orpailleurs clandestins.

Du côté des ONG écologistes, la réaction est unanime: non au permis Limonade. France Nature Environnement (FNE), la Fondation Nicolas Hulot (FNH) et WWF ont demandé son annulation et ce mercredi, c’est Hubert Reeves, l’astrophysicien président de l’association Humanité et Biodiversité, qui a pris sa plume pour écrire à Arnaud Montebourg.

Paris, le 16 janvier 2013

Monsieur le ministre,

En ce début d’année, les problèmes auxquels votre gouvernement doit faire face sont nombreux, votre ministère n’est pas épargné. Ainsi votre décision concernant une mine d'or en Guyane est fortement contestée par des scientifiques connaisseurs du dossier.

Mon propos se veut le partage de pensées inspirées par certaines situations que les responsables politiques ont à prendre en compte quand elles concernent

·         -  des territoires qui ont un projet économique tout-à-fait pertinent qu’une décision prise sans eux contrarie,

·         -  des territoires de peuples autochtones, ces populations dont l’identité culturelle est distincte de la nôtre.

Dans le premier cas, comme à Saül, l’éco-tourisme est le moteur économique choisi par le village qui, à l’unanimité de ses habitants, a refusé avec une logique et une cohérence incontestables, l’installation d’une exploitation minière.

Dans le second, ces peuples se savent appartenir à la biodiversité alors que nous nous comportons comme si nous étions en dehors.

Dans les deux cas, nos décisions de développement sont des obstacles à leur propre conception du présent et de leur avenir.

Les habitants connaissent la biodiversité de leur lieu de vie. Ils veulent la défendre et pour beaucoup la protègent déjà alors que nous prenons seulement conscience qu’elle est notre assurance-vie et commençons à souscrire à l’idée de la préserver. Contrairement à nous, ils interagissent avec les autres espèces vivantes sans les faire disparaître. L’établissement de zones protégées ne peut suffire à assurer la préservation de la diversité biologique. S’il importe à nos yeux qu’elles soient respectées, il importe aux leurs que leur milieu de vie le soit, au-delà des limites administratives d’une aire de protection officielle.

Ce milieu qui est d’abord le leur, ils en connaissent et respectent les dynamiques assurant la pérennité de leur choix de vie.
Ne pourrions-nous préserver de l’orpaillage le territoire pouvant faire vivre, dans un développement durable, les villageois de Saül?

Voilà, Monsieur le ministre, le voeu que je vous présente.

Avec espoir 

Hubert Reeves, Président de « Humanité et biodiversité »