Directive nitrates: L'environnement et l'agriculture, définitivement irréconciliables?

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Publié le 16 janvier 2013.

AGRICULTURE - Les agriculteurs ont manifesté ce mercredi contre une directive européenne visant à améliorer la qualité des eaux...

Des rouleaux de paille pour Stéphane Le Foll: ce mercredi matin, les agriculteurs ont manifesté dans toute la France et à Paris pour dénoncer les nouvelles contraintes liées à l'application d'un règlement européen contre les nitrates. Cette journée d’action, intitulée par la FNSEA «Laissez-nous faire notre métier, nous sommes les experts de la terre», les opposait aux réglementations environnementales renforcées à la suite de l’assignation de la France devant la Cour de justice européenne pour mauvaise application de la directive «nitrates».

Extension du domaine de la lutte

«L'Etat veut rajouter des contraintes supplémentaires concernant la protection de l'environnement, sans prendre en compte l'agronomie et l'agriculture», a déploré René Collin, de la FDSEA Ille-et-Villaine, interrogé par l’AFP. Concrètement, cette nouvelle mouture de la directive nitrates étend les zones «vulnérables», c’est-à-dire dont les eaux souterraines sont polluées ou susceptibles d’être polluées par des nitrates issus des engrais agricoles à un taux supérieur à 50mg par litre, la norme retenue pour les eaux potables par l’Organisation mondiale de la santé. Désormais, 18.860 communes sont classées «zones vulnérables», soit environ 800 de plus qu’en 2012.

Mais les agriculteurs s’inquiètent de la réglementation spécifique à ces zones sensibles: elle limite drastiquement les périodes d’épandages d’azote, le stockage des effluents et impose des bandes d'herbe entre les champs et les rivières, la rotation des cultures et la couverture des sols avec des plantes absorbant les nitrates. Des mesures «dogmatiques et inapplicables», déclarait la FNSEA lors des négociations à la fin de l’année 2012, qui appelle à faire confiance «au bon sens paysan».

Une question «d’intérêt général» pour FNE

Un avis qu’est loin de partager France Nature Environnement (FNE) qui estime que «de nombreux assouplissements ont déjà été mis en œuvre ces dernières années: relèvement des seuils d'autorisation pour les élevages intensifs de volailles et bovins, suppression des enquêtes publiques pour les regroupements d'installations, augmentation des plafonds d'épandage de lisier.» Pour Bruno Genty, président de FNE, «tous les secteurs économiques voient leurs activités encadrées par une réglementation. L’agriculture ne doit pas faire exception et il est illusoire de croire que le seul "bon sens paysan" permettra une agriculture propre».

L’association rappelle également «qu’un millier de captages ont été abandonnés en France ces dernières années et qu’une quinzaine de départements est touchée par les marées vertes.» Selon les statistiques du ministère de l’Ecologie, de nombreuses régions sont encore polluées par les nitrates, majoritairement d’origine agricole. En mars 2012, l’UFC-Que choisir chiffrait à près de deux millions le nombre de personnes en France recevant une eau non conforme aux réglementations car trop polluée et selon un rapport du Commissariat général au développement durable (CGDD) publié en septembre 2011, les coûts d’épuration des eaux polluées par l’agriculture pourraient atteindre 494 euros par ménage dans les localités les plus touchées ou 215 euros par personne et par an. Pour FNE, la directive nitrates est une question «d’intérêt général» qui «devrait prévaloir sur celui de quelques agriculteurs».

Audrey Chauvet
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