A l'apparition de deux dauphins de l'Irrawaddy en train de jouer, des touristes embarqués sur le Mékong ne peuvent cacher leur joie. Mais ils ne seront pas tous si chanceux à l'avenir: des filets de pêche meurtriers menacent la survie même de l'espèce.
A l'apparition de deux dauphins de l'Irrawaddy en train de jouer, des touristes embarqués sur le Mékong ne peuvent cacher leur joie. Mais ils ne seront pas tous si chanceux à l'avenir: des filets de pêche meurtriers menacent la survie même de l'espèce. - Tang Chhin Sothy afp.com

© 2012 AFP

A l'apparition de deux dauphins de l'Irrawaddy en train de jouer, des touristes embarqués sur le Mékong ne peuvent cacher leur joie. Mais ils ne seront pas tous si chanceux à l'avenir: des filets de pêche meurtriers menacent la survie même de l'espèce.

Les quelques bateaux de bois qui parcourent le fleuve à la rame dans la province de Kratie, à l'est du Cambodge, témoignent des efforts de conservation entrepris pour sauver le mammifère d'eau douce si populaire.

Mais quelques kilomètres en amont, Pech Sokhan, un des 77 gardes qui patrouillent sur la partie cambodgienne du Mékong, ne peut retenir un soupir en montrant un filet maillant retiré de l'eau deux jours plus tôt.

Malgré l'interdiction de ces filets considérés par les experts comme la principale cause de mortalité des dauphins du Mékong adultes, les habitudes ont la vie dure. «Nous devons éduquer les gens tous les jours», explique Pech.

Selon le gouvernement cambodgien, jusqu'à 180 de ces dauphins de l'Irrawaddy vivraient dans les eaux du Mékong. Mais ce chiffre est contesté par le Fonds mondial pour la nature (WWF) qui estime la population à seulement 85.

En cause, une mortalité des petits inexplicablement élevée, la consanguinité, les maladies et la destruction de leur habitat, mais surtout les filets maillants, déployés verticalement pendant une longue période et conçus pour que la tête des poissons reste coincée dans les mailles.

Ils sont «la plus grande des menaces», estime Gordon Congdon, du WWF.

Les autorités ont donc créé en août une zone de protection de 180 km de long, de la ville de Kratie à la frontière laotienne. La pêche y reste autorisée mais certains outils, comme les filets maillants et les cages, sont interdits.

L'estomac des pêcheurs

Les contrevenants ne risquent ni arrestation ni amende, juste la confiscation du matériel. Une punition suffisamment sévère pour ces familles pauvres, relève Touch Seang Tana, président de la commission gouvernementale de conservation des dauphins et de développement de l'éco-tourisme.

Malgré tout, 8.000 mètres de filets maillants ont été saisis en quelques jours début décembre et deux dauphins ont été retrouvés morts enchevêtrés dans des filets ces derniers mois, poursuit-il.

Le développement d'activités alternatives comme l'écotourisme est donc primordial pour sauver ces mammifères d'eau douce qui n'existent plus que dans trois rivières dans le monde.

Le tourisme lié aux dauphins a attiré 30.000 visiteurs dans la région cette année, contre 20.000 en 2011 et seulement 50 en 2000, selon Touch. Et balades en bateau et souvenirs génèrent des revenus non négligeables.

Mais tout le monde n'y trouve pas son compte et les filets meurtriers restent le meilleur moyen pour beaucoup de subvenir à leurs besoins. La bataille «sera sans fin jusqu'à ce que la pauvreté disparaisse», reconnaît Touch. «Les gens savent que les filets maillants tuent les dauphins (...). Mais ils pensent à leur propre estomac».

La WWF travaille avec le gouvernement et des ONG locales pour développer l'aquaculture, l'élevage ou l'écotourisme, avec des projets en place dans 37 villages.

Mais cela n'a pas bénéficié à Eam Mao, 55 ans, qui gagne un peu plus de 2 dollars par jour grâce à ses prises quotidiennes. «C'est beaucoup plus difficile pour nous de gagner notre vie que pour ceux qui vivent près des dauphins», souligne le pêcheur, qui vit à quelques kilomètres au nord du principal site d'observation du cétacé.

Malgré tout, Pech espère faire évoluer les mentalités. «Lorsque nous confisquons des filets maillants, les gens n'osent plus s'y opposer, parce qu'ils savent que c'est illégal. Avant, ils pouvaient nous chasser avec des couteaux».