Le bilan des décès causés par Bopha, le typhon le plus puissant à avoir touché les Philippines cette année, a franchi la barre des 900 morts, ont indiqué jeudi les autorités, précisant que des centaines de personnes sont toujours portées disparues.
Le bilan des décès causés par Bopha, le typhon le plus puissant à avoir touché les Philippines cette année, a franchi la barre des 900 morts, ont indiqué jeudi les autorités, précisant que des centaines de personnes sont toujours portées disparues. - Ted Aljibe afp.com

Les petites mines d'or illégales qui trouent les flancs des montagnes et les décennies de déforestation dans le sud des Philippines expliquent la violence des glissements de terrain et des inondations dans le sillage de Bopha, causes de centaines de morts, selon les experts.

Des bourgades entières ont été balayées ou enterrées lors de glissements de terrain au passage du typhon sur la région montagneuse de l'île méridionale de Mindanao, dans la nuit de mardi à mercredi, faisant plus de 500 morts et de 800 disparus.

La pauvreté, l'appât du gain et la séduction exercée par les métaux précieux attirent depuis longtemps des milliers de prospecteurs dans cette région de l'est de Mindanao.

"Les mines et les coupes du bois ont peut-être joué un rôle", déclare le chef de la sécurité civile des Philippines, Benito Ramos. "Les montagnes sont peu à peu dénudées depuis des décennies, truffées de trous par nos concitoyens, des petits mineurs pour la plupart. Ca me fait de la peine de dire ça mais ce sont les faits".

Une des villes les plus touchées, New Bataan, qui compte quelque 45.000 habitants, compte de nombreuses mines dans ses environs.

Les géologues jugent que de larges étendues ne sont pas habitables, à cause des sols fragilisés par les mines illégales. Les mineurs, souvent des migrants très pauvres, s'installent dans des habitations de fortune et déversent dans les cours d'eau le mercure, toxique, utilisé pour extraire l'or des roches.

Mais les autorités locales estiment que ces mines d'or représentent 40% de la richesse de la région. Le gouverneur Arthur Uy indique que 75.000 personnes, soit 20% de la population de cette province, dépendent des mines. La réglementation est le point faible, reconnaît-il.

La vallée de Compostelle, où se trouve New Bataan, est le centre des plantations de bananes, dont beaucoup ont été ravagées par le typhon. Là encore, la forêt a été abattue pour ces plantations, dont les fruits sont destinés à la Chine, l'Iran et le Japon.

Le ministère de l'Environnement souligne que c'est aux autorités locales d'émettre, ou pas, des licences d'exploitation minière et de s'assurer que les personnes ne s'installent pas sur des zones dangereuses.

Mais le gouverneur Uy proteste que selon les cartes du gouvernement central, 80% de la province est déclarée "zone de danger". "Que devons-nous faire? Devons-nous tous quitter la vallée de Compostelle?", demande-t-il. Les mineurs préfèrent risquer leur vie plutôt que retourner à la pauvreté, ajoute le gouverneur.

Mais pour Larry Heradez, un responsable technique qui dépend de la réglementation des mines auprès du gouvernement, les personnes ont peut-être cherché refuge aux mauvais endroits.

"Il y a un problème dans la diffusion de l'information. Les responsables locaux pensaient qu'ils faisant évacuer vers des zones sûres", indique-t-il à l'AFP. Des abris mis en place avant les inondations ont ainsi été balayés par les eaux, selon des sauveteurs.

L'île de Mindanao échappe généralement à la vingtaine de typhons qui frappent les Philippines tous les ans: les gens sont donc peu préparés à des tempêtes de la force de Bopha, la plus forte de cette année dans ce pays.

Mahar Lagmay, responsable gouvernemental du contrôle des inondations, met en garde contre des changements climatiques. "Lors des dernières décennies, les (tempêtes) allaient vers le nord. Maintenant, elles bougent vers le sud", déclare-t-il.

Fin 2011, le typhon Wahi avait causé la mort de 1.200 personnes sur la côte nord de Mindanao.

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