Gaz de schiste: Pour Michel Rocard, la «France est bénie des dieux»

ENERGIE L'ancien Premier ministre et actuel «ambassadeur des pôles» voit dans le gaz de schiste une chance dont la France ne devrait pas se priver...

Audrey Chauvet

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Michel Rocard, le 27 août 2012.

Michel Rocard, le 27 août 2012. — BALTEL/SIPA

Il a beau plaider pour le respect de l’environnement et représenter la France dans les négociations internationales sur l’Arctique et l'Antarctique, Michel Rocard n’en est pas moins favorable à l’exploitation controversée des gaz de schiste en France. Après la remise du rapport Gallois au gouvernement, qui préconisait de s’intéresser aux ressources d’énergie souterraines de la France, l’ancien Premier ministre socialiste a déclaré samedi dans Le Monde que la France «serait au gaz de schiste ce que le Qatar est au pétrole».

«Je n'ai rien lu qui soit complètement convaincant»

Michel Rocard remet donc de l’huile sur le feu après le refus en bloc du gouvernement de rouvrir les discussions sur le gaz de schiste. «La France est bénie des dieux», a-t-il insisté, «Peut-on s’en priver? Je ne le crois pas». Mais quelle mouche a piqué celui qui, durant la campagne présidentielle, disait vouloir «écologiser la politique» et se disait «scandalisé» de l’absence de l’écologie dans les thèmes évoqués par les candidats?

Michel Rocard précise dans l’entretien accordé au Monde que, sur le sujet des gaz de schiste, «étant très écolo, je me suis longtemps abstenu. Mais je n'ai rien lu qui soit complètement convaincant. On a un réflexe fantasmé un peu du même type que face aux OGM. Quand on sait que le gaz de Lacq était extrait par fracturation hydraulique sans dégâts sur place, on s'interroge».

Lacq, le nouveau Texas

Pour rappel, le gaz de Lacq est exploité depuis 1957 dans le Sud-ouest de la France, sur le site d’un puits de pétrole en opération depuis 1954. La voie était donc déjà ouverte et il n’a fallu à la Société nationale des pétroles d’Aquitaine (SNPA), devenue ensuite Elf Aquitaine, que mettre au point un procédé permettant de désulfurer le gaz. Si les reportages de l’époque chantent les louanges de ce nouveau «Texas» où les cheminées soufflant du soufre seraient les «nouvelles tours des châteaux de Gascogne», on retrouve néanmoins dans les archives de l’Assemblée nationale des visions moins idylliques: la séance du 17 juin 1960 évoquait des problèmes de déplacements d’agriculteurs, de dégagements accidentels de gaz, de renforcement des centres de secours sanitaire et de pollution atmosphérique créée par les dégagements quotidiens de grande quantité de soufre.

Et malgré ce gisement, qui devait conduire la France vers l’indépendance énergétique, les chocs pétroliers de 1973 et 1979 n’ont pas épargné l’économie française. Aujourd’hui, le site de Lacq, dont la production de gaz était de 33 millions de m3 à la fin des années 1960, est épuisé et cherche une voie de reconversion et de dépollution des sous-sols.

Des positions qui se démarquent clairement des Verts

Ce n’est toutefois pas la première fois que Michel Rocard prend des positions peu orthodoxes en matière d’écologie: il s’est ainsi prononcé en faveur de l’énergie nucléaire, se démarquant volontairement des Verts. «Dans un contexte de réchauffement climatique, le rejet du nucléaire, qui ne produit pas de gaz à effet de serre, par le mouvement écologique est pour moi, incompréhensible. Il n'y a pas d'énergie non dangereuse, et le nucléaire est parmi celle qui tue le moins», déclarait-il en février dernier à Nice matin.

Stratégie politique ou vision éclairée d’une écologie non partisane? Celui qui co-signait, en avril 2011, une tribune publiée dans Le Monde, affirmant que «l'exploitation du charbon et des réserves fossiles non conventionnelles exigera des investissements lourds et progressifs qui ne permettront guère de desserrer l'étau des prix de l’énergie à un horizon de temps proche», et qui a défendu bec et ongles la taxe carbone, déclare néanmoins que «c’est faire fausse route que de vouloir faire de l’écologie l’élément central de tout». Protéger l’Arctique, qu’il qualifie de «second Moyen-orient», des dégâts que causerait l’exploitation du pétrole, oui, mais interdire à la France de partir à la recherche de son gaz de schiste, non. Michel Rocard a une vision bien à lui de l’écologie. Une vision bipolaire?