Photo extraite du livre "Les derniers paysans" de Serge Chevallier et Phillipe Dubois (ed. Delachaux).
Photo extraite du livre "Les derniers paysans" de Serge Chevallier et Phillipe Dubois (ed. Delachaux). - @Serge Chevallier

Propos recueillis par Audrey Chauvet

A regarder la photo en noir et blanc, on pourrait croire qu’elle a été prise dans les années 1920. Mais sur la page d’à côté, la couleur nous rappelle que l’image n’a qu’une trentaine d’années. Les photographies de Serge Chevallier, prises des années 1970 à la fin du 20ème siècle, nous rappellent que ce monde paysan a bel et bien disparu, emporté par la «révolution verte» de l’après Seconde Guerre mondiale. Philippe Dubois, auteur des textes du livre Les derniers paysans (ed. Delachaux), voit néanmoins un héritage de ces paysans dans le retour à une agriculture «durable».

Votre livre nous montre des images d’«isolats paysans», qu’est-ce que c’est?

La plupart des photos ont été faites entre les années 1970 et 1990, une période charnière qui correspond à la fin de la paysannerie telle quelle existait depuis le Moyen Age et à l’avènement d’une agriculture de chefs d’entreprise. Mais comme dans Asterix, il y a eu des poches de résistance, des irréductibles. Ce sont ces gens que Serge Chevallier a photographiés. Ils n’étaient pas réfractaires au progrès mais vivaient simplement dans des zones très enclavées, notamment en montagne, où la mécanisation est arrivée moins vite. Cela a véritablement créé de petites régions comme l’Aubrac, les Causses, les vallées de la Haute Ariège, où les paysans ont continué à vivre pendant quelque temps comme on vivait un siècle auparavant.

Quelle différence faites-vous entre paysans et agriculteurs?

Les paysans ont existé depuis l’émergence de l’agriculture, il y a 12.000 ans, jusqu’à la fin de la Seconde Guerre mondiale. Ils vivaient en autarcie, d’une agriculture vivrière. Ils élevaient et cultivaient pour eux d’abord et vendaient le surplus. L’agriculture d’aujourd’hui a émergé durant les Trente Glorieuses et correspond à une agriculture plus industrielle, où l’on produit pour vendre, où l’on est chef d’entreprise. On parle d’ailleurs «d’exploitants agricoles». Nous ne condamnons ni l’un ni l’autre, mais nous constatons que nous sommes passés à une agriculture de marché.

Ces paysans ont-ils complètement disparu?

Les paysans tels qu’ils sont présentés dans le livre, avec nostalgie mais sans passéisme, ont quasiment disparu. Mais aujourd’hui, une jeune génération d’agriculteurs a de nouveau une vision durable de l’agriculture. Ils veulent élever des races rustiques, des variétés végétales anciennes, travailler en circuit court avec des produits de qualité, parfois en bio. Ils utilisent des techniques modernes tout en ayant une approche éthique de l’agriculture et un souci de préservation de l’environnement. Ce sont les véritables héritiers de ces paysans.