Que reproche-t-on à l'huile de palme?

ALIMENTATION La commission des Affaires sociales du Sénat veut taxer cette huile, accusée d'être nocive pour la santé...

Audrey Chauvet

— 

Un palmier à partir duquel est fabriquée l'huile de palme.

Un palmier à partir duquel est fabriquée l'huile de palme. — AP Photo/Rodrigo Abd

Nutella, mais aussi chips, biscuits, mayonnaise… L’huile de palme est partout dans nos assiettes. Plébiscitée par les industries agro-alimentaires pour son prix bas et sa facilité d’utilisation et de conservation, elle est montrée du doigt par la commission des Affaires sociales du Sénat qui a adopté mercredi un «amendement Nutella» au projet de budget de la Sécurité sociale (PLFSS), visant à augmenter de 300% la taxe sur cette huile. Mais que lui reproche-t-on?

Trop riche en acides gras saturés

C’est l’argument de «l’amendement Nutella»: l’huile de palme «contribue au développement de l’obésité» et «favorise les maladies cardio-vasculaires» par sa forte teneur en acides gras. L’huile de palme contient en effet 45% de graisses saturées, contre 15% pour l’huile d’olive. «Selon l’ANSES, les acides gras saturés sont consommés en excès par la population française (16% des apports énergétiques en moyenne alors que l’apport nutritionnel conseillé est inférieur à 12%)», précise la commission des Affaires sociales.

Si on mange autant d’acides gras saturés, c’est en partie parce qu’ils sont souvent bien cachés derrière le nom d’«huiles végétales»: il s’agit la plupart du temps d’huile de palme que le consommateur achète sans le savoir. La taxe a donc été imaginée comme un signal, «non à destination des consommateurs, mais à destination des industries agro-alimentaires pour qu'elles substituent à ces huiles de nouvelles compositions plus respectueuses de la santé humaine», a souligné l'auteur de l'amendement, le rapporteur de la commission Yves Daudigny (PS).

Quant à l’huile de palme «bio», que l’on retrouve dans les produits biologiques, elle n’est pas meilleure pour la santé. Elle a simplement été produite dans des conditions censées être moins néfastes pour l’environnement.

Tueuse d’orangs-outangs

Car l’impact environnemental de l’exploitation de l’huile de palme, particulièrement en Asie, est bien souvent désastreux. L’appétit des industriels pour cette graisse a poussé certains pays à abattre leurs forêts tropicales pour y planter des hectares de palme. Le bilan carbone explose avec les arbres brûlés et la biodiversité locale perd son habitat naturel: les orangs-outangs d’Indonésie en sont les premières victimes.

Depuis plusieurs années, les ONG s’attaquent aux industries pour les inciter à arrêter de s’approvisionner en huile de palme. Greenpeace avait frappé fort en 2010 avec une campagne montrant un Kit-Kat changé en doigt sanglant de gorille. Selon l’ONG, il y avait alors l’équivalent de 300 terrains de football de forêts défriché toutes les heures en Indonésie.