Pierre Rabhi, pendant l'une de ses nombreuses conférences.
Pierre Rabhi, pendant l'une de ses nombreuses conférences.

A.Ga.

Pierre Rabhi, comme il aime à le dire, c’est avant tout «52 kilos tout mouillé.» Mais lorsqu’il arrive dans une pièce, les gens se taisent. Lorsqu’il parle, de sa voix pourtant doucereuse, les gens écoutent. Lorsqu’avec sa femme Michèle, il y a de cela une cinquantaine d’années, il décide de faire vivre une ferme ardéchoise à la terre infertile et rocailleuse, les gens affluent.

Pierre Rabhi est un personnage dont les idées ne plaisent pas à tout le monde. Mais tout le monde lui reconnaît une qualité: il associe à la parole les actes. «Il exprime les choses de manière simple et drôle», explique Anne-Sophie Novel, co-auteure de sa biographie «Le chant de la Terre».  Une vérité qui, à l’écouter, semble tomber sous le sens. «On a envie de croire à l’émergence de ce changement de paradigme auquel il aspire», écrit Anne-Sophie Novel.

La part du colibri

Ce changement est tant poétique que pratique. Il le vit au quotidien, avec sa femme et ses enfants. En cultivant la terre. En démontrant qu’en partant de rien, il est possible de créer la fertilité, sans l’utilisation d’engrais. «Cette agroécologie, c’est une agriculture biodynamique qui se fonde sur une vision circulaire, un cycle permettant d’autoproduire avec des dépenses minimales», explique Serge Orru, auteur de  «Pierre Rabhi le fertile».

La parole et les actes, il les transmet via son «mouvement du colibri». La légende amérindienne du colibri, il en a d’ailleurs fait sa devise: «Alors qu’un incendie ravage la forêt, seul un colibri s’active en allant chercher de l’eau dans son bec pour éteindre le feu.» Il sait que cette action est inutile si elle est isolée. Mais le colibri fait sa part.

Philosophe-paysan

«Pierre Rabhi ne se limite pas à sa ferme ardéchoise, précise Serge Orru. Il enseigne l’agroécologie partout dans le monde. Il a créé des oasis dans le désert.» L’enseignement. La parole. Les actes. Le résultat? Il est évidemment encore loin, le «changement de paradigme» voulu par Pierre Rabhi. «Personne ne gagne le combat qu’il mène, continue son biographe, mais lorsque l’on regarde d’où il est parti, on se dit qu’il a gagné.» Ce parcours, c'est celui d'un enfant adoptif, parti du Sahara pour gagner Paris. Il y a travaillé comme ouvrier spécialisé dans une chaîne de montage, avant de rencontrer sa femme et de réaliser qu'«on lui confisquait sa vie contre un salaire.»

«Soit on accepte d’être dans un moule, et on ne bouge pas, soit on est dans la transgression, affirme Pierre Rabhi. Mais je persiste à dire qu’il ne peut pas y avoir de changement de société sans changement humain.» Les paroles. Au Burkina Faso, aujourd’hui, il y a 100 000 agriculteurs qui pratiquent l’agroécologie, grâce à ce philosophe paysan, affirme le journaliste Jean-Louis Caffier. «Si Thomas Sankara, un ami de Pierre Rabhi, n’avait pas été assassiné, poursuit-il, le travail de "Pierre Rabhi le fertile" aurait pu continuer. Et le Burkina serait devenu le premier pays d’Afrique à être entièrement autosuffisant. » Les actes.