Charles Hervé-Gruyer se définit comme un «néo-rural».
Charles Hervé-Gruyer se définit comme un «néo-rural».

Antoine Galindo

«Un physicien américain a dit: “L’agriculture moderne, c’est l’utilisation du sol pour transformer du pétrole en nourriture.” Ce que nous cherchons à faire ici, c’est de réduire au maximum notre consommation en énergie fossiles.» Charles Hervé-Gruyer, la cinquantaine grisonnante, reçoit en sabots dans sa ferme normande. La chaumière surplombe quelques hectares de la vallée du Bec-Hellouin, dans lesquels Charles et sa femme Perrine ont élu domicile il y a six ans. «Notre projet de vie était de développer une agriculture aussi respectueuse que possible de la nature et des êtres humains.»

Ce qui se voulait une expérimentation confidentielle, a vite été rattrapé par son succès et les observateurs se bousculent aujourd’hui au Bec-Hellouin pour y apprendre la permaculture. Comprendre: une pratique agricole respectueuse de la nature, non mécanisée, qui place l’humain au cœur de sa philosophie. La permaculture permet, en un espace très réduit, d’optimiser le rendement et la production agricoles, en recréant des écosystèmes et des équilibres naturels dans lesquels les espèces interagissent les unes avec les autres.

Mille espèces végétales

Concrètement, dans les cultures de la ferme du Bec-Hellouin, vous trouverez un cours d’eau propice à la prolifération des grenouilles, afin de lutter contre les espèces ravageuses comme les limaces. Les arbres plantés au milieu des rangées de choux ont eux aussi leur utilité: produire des fruits et créer un environnement favorable à l’installation de nids, qui eux aussi permettront de lutter contre les insectes ravageurs. Vous pourrez encore trouver, au Bec-Hellouin, des plants de piment intercalés entre des pieds d’aubergines, pour optimiser l'espace.

«L’idée, continue le maraicher, c’est d’utiliser les propriétés des plantes pour favoriser le développement d’autres plantes, tout en maximisant le rendement, le tout, sans mécanisation. Et les monocultures ne le permettent pas. Seule la main de l’homme le permet.» Ainsi, sur une surface dérisoire de quelques milliers de mètres carrés, pas loin de mille espèces végétales se côtoient et s’épanouissent.

Viabilité économique

«La permaculture, c’est un cadre conceptuel global qui s’inspire de la nature et qui est complètement capable d’intégrer plein de bonnes pratiques, soit ancestrales, soit totalement modernes.» Ces gens là n’ont rien inventé, nous direz-vous, ils font simplement preuve de bon sens! « Nous nous sommes en effet inspirés des maraichers parisiens du XIXe siècle, mais aussi de pratiques glanées aux quatre coins du monde, explique Charles Hervé-Gruyer. Ces pratiques se sont perdues au profit de la monoculture, qui ne fait qu’accélérer la désertification, là où nous recréons de la fertilité.»

Du rêve d’autarcie, le couple s’est néanmoins vite retrouvé confronté à la réalité économique. «Nous avions la chance d’avoir un passé professionnel riche, nous permettant un important apport personnel, continue Charles Hervé-Gruyer. Mais les quatre-cinq premières années, nous n’avons pas gagné un rond, nous nous sommes même endettés.» L’horizon est aujourd’hui plus rose – en dépit de la pluie normande – puisque la viabilité économique pointe le bout de son nez et une étude sur trois ans a même été lancée fin 2011 en partenariat avec AgroParisTech et l’Inra.

 «Ce que démontrent les premiers résultats de l’étude, conclut Charles Hervé-Gruyer, c’est que sur une toute petite parcelle, avec un investissement environ cinq fois moindre à celui nécessaire pour se lancer en biomécanisé, il est possible de créer une valeur équivalente sinon supérieure. C'est très enthousiasmant.»

«La permaculture», un «temps-dense» à suivre le lundi 29 octobre à 17h30 à Calvi, Chez Tao.

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