Vue aérienne du parc national Yasuni, en Equateur.
Vue aérienne du parc national Yasuni, en Equateur. - Dolores Ochoa/AP/SIPA

Des grenouilles plutôt que des forages. L’initiative du gouvernement équatorien, Yasuni-ITT (comme Ishpingo-Tambococha-Tiputini), est une première mondiale: dans ces trois champs, situés au cœur d’un parc naturel renfermant une biodiversité exceptionnelle, le pétrole du sous-sol ne sera pas exploité. Mais en échange, l’Equateur demande une compensation financière à hauteur de 50% du manque à gagner, soit la modique somme de 3,6 milliards de dollars (environ 2,7 milliards d’euros).

Exploiter la biodiversité plutôt que la sacrifier?

«Nous avons déjà collecté 200 millions d’euros, se félicite Ivonne A-Baki, qui mène les négociations au nom du gouvernement équatorien pour l’initiative Yasuni. L’Allemagne a déjà donné 35 millions d’euros et  nous sommes en négociation notamment avec la Norvège et les pays arabes, dont le Qatar pourrait être le premier donateur.» Actuellement à Paris pour trouver des soutiens financiers, Ivonne A-Baki multiplie les contacts: «Quelques régions françaises sont intéressées pour donner 150.000 euros chacune, nous allons aussi rencontrer des entreprises comme L’Oréal qui pourraient participer à l’opération», explique-t-elle.

Car le fonds fiduciaire créé pour centraliser les contributions, géré par le Programme des Nations unies pour le développement, n’est plus réservé aux Etats. Entreprises et même particuliers peuvent faire un don pour préserver le Yasuni. Néanmoins, Ivonne A-Baki assure qu’elle ne cherche pas des donateurs, mais des partenaires: «Le temps où on se contentait de faire un chèque est fini», assure-t-elle. Ainsi, les entreprises qui se sont associées au projet mènent des projets dans le parc: Coca-Cola travaille sur la problématique de l’eau et L’Oréal pourrait, à l’image d’une marque de cosmétiques brésilienne, être intéressé par la création de produits à base de ressources uniques au Yasuni. Une manière de valoriser la nature à défaut de valoriser le pétrole. «Un centre de recherches scientifiques verra le jour en 2013-2014 pour mieux connaître la biodiversité, notamment la capacité de certaines plantes à dissoudre le plastique ou encore l’utilisation d’amphibiens dans des médicaments contre le cancer», poursuit l’ambassadrice de Yasuni-ITT.

«Une co-responsabilité de l’humanité»

Avant de pouvoir «exploiter» la biodiversité ou de recevoir des crédits carbone, les partenaires du projet doivent pour le moment se contenter de certificats de donation, ainsi que de garanties de retour si jamais le pétrole ne restait pas sous terre. Car s’il est pour l’instant trop lourd et trop profond pour être exploité facilement, le développement de nouvelles technologies pourrait amener le gouvernement à changer son fusil d’épaule: «Néanmoins, la constitution équatorienne obligerait à faire un référendum et 95% des Equatoriens y sont opposés», nuance Ivonne A-Baki.

Ce qui ne changera pas en revanche, c’est le montant demandé par le gouvernement de Rafael Correa: la hausse des cours du brut n’a pas renchéri le prix de la non exploitation du pétrole du Yasuni. Et la pression des compagnies pétrolières ne s’est pas aggravée, assure Ivonne A-Baki: «Céder serait le pus facile pour l’Equateur, mais le gouvernement a fait ce compromis courageux pour préserver cet endroit unique au monde. Nous ne sommes pas contre l’exploitation pétrolière, mais nous luttons pour qu’elle se fasse avec une conscience environnementale et pas dans des endroits très fragiles qui sont les poumons de la planète.» Quant aux accusations de chantage ou de greenwashing, Ivonne A-Baki les balaye d’un revers de la main: «Le pétrole est toujours la première source de revenus pour notre pays, mais nous avons choisi de changer la matrice énergétique en utilisant l’argent du fonds pour développer les énergies renouvelables. Ce n’est pas de l’argent que nous demandons, mais une co-responsabilité de l’humanité pour la vie de la planète.» Un discours vendeur pour celle qui cherche encore à rassembler plus de 2 milliards d’euros. 

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