Le catamaran tout en aluminium déploie ses bras flottants autour de la nappe de pétrole qui est aspirée entre ses coques: cette technologie unique, selon ses concepteurs, peine à percer faute de soutien des organismes français et européen de dépollution.
Le catamaran tout en aluminium déploie ses bras flottants autour de la nappe de pétrole qui est aspirée entre ses coques: cette technologie unique, selon ses concepteurs, peine à percer faute de soutien des organismes français et européen de dépollution.

© 2012 AFP

Le catamaran tout en aluminium déploie ses bras flottants autour de la nappe de pétrole qui est aspirée entre ses coques: cette technologie unique, selon ses concepteurs, peine à percer faute de soutien des organismes français et européen de dépollution.

Dans la rade de Brest, René, à la barre, aperçoit la nappe matérialisée pour une démonstration par de la balle de riz, un produit végétal flottant quelques heures et bien visible.

Depuis sa cabine, il ouvre une trappe, met en place les bras flottants et dirige son catamaran droit sur la nappe. Quelques instants plus tard, dans le sillage du bateau, plus aucune trace de pollution.

Les hydrocarbures aspirés sont ensuite séparés de l'eau, puis transférés vers un pétrolier. Le système, contrairement à un pompage classique, ne crée pas d'émulsion, sorte de mayonnaise provoquée par le mélange d'eau et pétrole qui doit être traitée avant stockage, réduisant ainsi la capacité de récupération, explique Eric Vial, à la tête de l'entreprise familiale Ecoceane.

"Nos bateaux peuvent récupérer autour de 100 m3 d'hydrocarbures par heure, soit 20 fois plus que des navires équipés de skimmers (dispositifs servant a écumer les eaux polluées par des hydrocarbures)", assure-t-il à l'AFP.

Ecoceane, implantée à Paimpol (Côtes d'Armor), compte une trentaine de salariés. Elle a vendu 75 bateaux dans 25 pays, des petites barges pour l'entretien des ports, capables de collecter algues, méduses ou eaux noires.

A partir de 2008, elle a développé des bateaux plus grands, de 13 à 46 m, destinés à intervenir lors de marées noires. Et les difficultés ont commencé.

"On est constamment barrés par une administration que visiblement l'on gêne", se plaint M. Vial qui dénonce "l'ostracisme et l'ignorance que nous subissons de la part des organismes en charge de la dépollution en mer".

Menace de départ à l'étranger

Les organismes auxquels il fait référence sont le Cedre (Centre de documentation, de recherche et d'expérimentations sur les pollutions accidentelles des eaux), sous tutelle du ministère de l'Ecologie, et le Ceppol (Centre d'expertises pratiques de lutte antipollution), chapeauté par la Marine Nationale.

Il leur reproche de ne pas soutenir l'entreprise auprès de l'EMSA (Agence européenne pour la sécurité maritime), organisation européenne basée à Lisbonne et chargée, à la demande des Etats, d'apporter son aide lors de pollutions, et qui, selon M. Vial, "ignore volontairement" la technologie Ecoceane, tout en "connaissant parfaitement les limites des bateaux qu'elle affrète".

Interrogée par l'AFP, l'EMSA a dit n'être "ni informée, ni impliquée". Et la Marine Nationale dit devoir rester neutre. "On ne peut pas soutenir une entreprise par rapport à une autre", explique la porte-parole adjointe de la préfecture maritime de l'Atlantique, le lieutenant de vaisseau Ingrid Parrot.

"On leur demande de présenter une nouvelle technologie à l'EMSA, on ne leur demande pas de faire notre promotion", s'insurge M. Vial.

Au Cedre, on indique que les bassins à disposition sont trop petits pour tester les bateaux d'Ecoceane. "Ne pouvant pas tester leur grand bateau, il nous est difficile de donner un avis sérieux et documenté", explique à l'AFP le directeur adjoint Christophe Rousseau.

"Il faut arrêter d'avancer de faux problèmes", peste M. Vial. "Qu'ils se débrouillent pour faire des évaluations, ce n'est pas notre problème", dit-il, en précisant consacrer entre 1,5 et 2,5 millions d'euros par an à la recherche et au développement.

"Nous pourrions créer 3.000 emplois sur 5 ans, dont la moitié en France", assure le chef d'entreprise, qui menace de partir à l'étranger "si les choses ne bougent pas".