Le réalisateur Jean-Paul Jaud.
Le réalisateur Jean-Paul Jaud.

Propos recueillis par Audrey Chauvet

C’est le premier film de Jean-Paul Jaud sans le mot «enfants» dans le titre. Mais malgré cela, le réalisateur militant nous parle encore une fois des générations futures et des dangers auxquelles nous les exposons, à l’image du petit garçon de l’affiche qui se balade au milieu d’un champ d’organismes génétiquement modifiés (OGM), une centrale nucléaire en ligne de mire. Tous cobayes, le troisième film de Jean-Paul Jaud après Nos enfants nous accuseront et Severn, la voix de nos enfants, sort le 26 octobre et promet de jeter un pavé dans la mare des industriels qui mettent l’humanité en péril.

Pourquoi avoir choisi de faire un film sur les OGM et le nucléaire?

Parce que ce sont deux technologies irréversibles qui hypothèquent l’avenir des générations futures. Elles vont laisser des traces sur des milliers d’années et nous ne les maîtrisons pas. Quand il y a un accident OGM ou nucléaire, on ne sait pas l’arrêter. L’actualité m’a convaincu encore plus de la similitude de ces deux technologies: j’avais commencé à tourner sur les OGM et une semaine après, c’était Fukushima, donc c’était évident pour moi de tourner sur le nucléaire.

Pourquoi affirmez-vous qu’on ne maîtrise pas le nucléaire?

Tchernobyl et Fukushima, ils maîtrisent quoi? Démontrez-moi! Ils ont maîtrisé quatre personnes de Greenpeace qui sont rentrées sur un réacteur? Ils ont maîtrisé la tempête de Blaye où la centrale a failli exploser et Bordeaux a failli être évacué? Ils ont maîtrisé les fuites de plutonium dans la Loire quand à Saint-Laurent-des-Eaux en 1984 il y a eu un emballement dans le réacteur? Fukushima ça dégueule tous les jours dans le Pacifique, sur la terre, dans le ciel. Comment peut-on développer une technologie quand on sait qu’on ne peut pas réparer? Une explosion majeure d’un réacteur en France, c’est le quart du pays qu’il faut évacuer. Et pas pour deux ou dix ans, mais des décennies, voire des siècles. Je pense que l’humanité est en sursis, mais il ne faut pas rester les bras ballants pour autant et c’est pour ça que j’ai mis toute mon énergie à faire ce film.

Dans vos autres films, il y avait toujours beaucoup d’espoir. Y en a-t-il aussi dans celui-ci?

Oui, l’espoir c’est l’agroécologie, par exemple. Aux Nations unies, un rapport selon lequel elle pourrait nourrir neuf milliards d’humains a été légitimé et applaudi par toutes les délégations. Et on peut lutter contre le nucléaire. Nous avons tourné sur une petite île japonaise de 500 habitants où depuis trente ans Tepco veut construire une centrale nucléaire. Et bien depuis trente ans, tous les lundis, des mamies se retrouvent sur le port et manifestent avec des slogans anti-nucléaires. Aujourd’hui le projet n’a pas avancé et cette centrale ne se fera pas car le Japon va sortir du nucléaire, le peuple japonais ne veut plus et je les comprends.

Quel poids peut avoir un rapport des Nations unies ou une manifestation de mamies face à des industries puissantes?

Il n’y a pas que ça, je suis aussi allé filmer dans une ferme en agroécologie au Sénégal, au cœur de la brousse. Là, ils démontrent qu’en deux ou trois ans on peut être autonome en agriculture, il suffit de creuser un peu, de les aider à trouver de l’eau. Les Africains refusent les OGM et il faut leur donner la parole. Ce film est fait pour que tous les citoyens de la planète disent stop, on ne veut plus être cobayes.

C’était votre intention, donner envie aux gens d’agir?

Bien sûr, car ce sont eux qui ont le pouvoir. On peut encore donner notre argent à qui notre conscience nous dit de le donner: tout ce qui n’est pas respectueux des générations futures, on peut boycotter. D’autre part, il faut influencer les politiques. J’encourage les gens à réclamer au maire de leur commune de faire une cantine bio. Il faut dire aux élus: «Si vous continuez à empoisonner nos enfants avec l’alimentation et le nucléaire, au prochain coup on ne votera pas pour vous».

Qu’est-ce qui vous a le plus choqué dans ce que vous avez découvert en faisant le film ?

Fukushima, car c’est la première fois que j’allais dans une zone radioactive. L’homme, depuis toujours, a découvert des espaces, des territoires, et ce qui m’a choqué à Fukushima c’est un territoire qu’on abandonnait pour le nucléaire. Les OGM vont créer des terres invivables et des plantes qui généreront des pathologies qu’on ne connaît pas encore.