Les ONG reçues à l'Elysée pour préparer le Grenelle de l'Environnement, en mai 2007.
Les ONG reçues à l'Elysée pour préparer le Grenelle de l'Environnement, en mai 2007.

Audrey Chauvet

Elles remettent ça: cinq ans après le Grenelle de l’environnement, les associations se préparent à la conférence environnementale organisée par le ministère de l’Ecologie les 14 et 15 septembre. Mais cette fois, elles espèrent bien ressortir avec un agenda sur plusieurs années et des moyens solides pour mener à bien les mesures destinées à préserver la biodiversité et pour financer la transition énergétique, entre autres objectifs.

La crise, un faux argument

Cette première conférence environnementale a beau s’ouvrir dans un contexte économique difficile, les ONG ne veulent plus s’entendre opposer l’argument de la crise pour remettre à demain les mesures écologiques. «Les crises écologique et économique sont liées et on ne résoudra pas l’une sans régler l’autre», rappelle Bruno Genty, président de France nature environnement (FNE). Le succès de la conférence pourrait bien être jugé à l’aube de la volonté du gouvernement d’intégrer les problématiques environnementales à sa politique générale: «Ce n’est peut-être pas la ministre de l’Ecologie Delphine Batho mais plutôt Arnaud Montebourg et Jérome Cahuzac qui ont la clé du succès», avance même Benoît Faraco, porte-parole de la Fondation Nicolas Hulot, mettant ainsi la responsabilité de trouver des financements sur les épaules des ministres du redressement productif et du budget.

Une banque de la transition écologique

«Nous étions sortis satisfaits des objectifs du Grenelle mais nous avons échoué sur les moyens, poursuit Benoit Faraco. Cent mille logements ont été rénovés par an alors qu’on devait en faire 400.000, les régions n’ont pas eu les moyens de mettre en œuvre des trames vertes et bleues cohérentes et nous n’avons atteint que 3% de surfaces agricoles bio alors qu’on devait être à 6% en 2012. A chaque fois, à cause d’un manque de moyens.» Pourtant, les associations assurent qu’il y a de l’argent facilement mobilisable: «Nous souhaitons la création d’une banque de la transition écologique qui pourrait être alimentée par des fonds européens aujourd’hui non utilisés, par la suppression des subventions néfastes à l’environnement ou encore la création d’une fiscalité verte via une contribution climat-énergie dès 2014», expose le porte-parole de la Fondation Nicolas Hulot.

La table ronde sur le financement de la transition écologique sera donc cruciale pour que les autres ne soient pas que des vœux pieux. «Il vaut mieux moins d’engagements que lors du Grenelle, mais plus de moyens», pense Bruno Genty. Pour Allain Bougrain-Dubourg, président de la Ligue pour la protection des oiseaux (LPO), il faudrait surtout faire respecter les réglementations en vigueur, notamment sur le braconnage.

L’énergie, un débat à préparer

«Nous serons aussi attentifs à l’artificialisation des sols, pour laquelle nous voulons arriver à un point zéro, aux zones humides, à la sauvegarde des 130 espèces désignées dans le Grenelle, à l’éducation à l’environnement à l’école et au verdissement de la politique agricole commune (Pac) en 2013», complète Allain Bougrain-Dubourg. La gouvernance du développement durable sera également au sujet de la conférence, avec notamment la stratégie nationale de biodiversité «qui doit être déclinée dans les régions avec l’obligation de la mettre en œuvre» et la création d’une «agence de la biodiversité sur le modèle de l’Ademe», espère Christophe Aubel, directeur d’Humanité & Biodiversité. «François Hollande a promis des notes de cadrage développement durable qui fixent des objectifs chiffrés chaque année», rappelle-t-il. «On attend que ce gouvernement change la donne.»

La seule table ronde qui, on le sait déjà, n’aboutira à aucune mesure, est celle sur la transition énergétique. «Nous allons définir la méthode pour le débat à venir, définir l’agenda et les moyens», explique Benoît Hartmann, porte-parole de FNE. «Nous demanderons aussi l’interdiction des forages offshore et des gaz de schiste, ainsi que l’arrêt de la production de Mox à La Hague.» Mais pour ces revendications, la réponse, ce sera après le grand débat sur l’énergie, qui risque de faire plus de vagues que la conférence environnementale.