Travaux sur le toit du réacteur 4 de la centrale de Fukushima, le 10 août 2012.
Travaux sur le toit du réacteur 4 de la centrale de Fukushima, le 10 août 2012.

Audrey Chauvet

La menace plane toujours au-dessus de la centrale de Fukushima-Daiichi. Depuis plusieurs mois, des inquiétudes fuitent sur les combustibles usagés stockés dans une piscine du réacteur numéro 4 de la centrale japonaise. Depuis un an et demi, 264 tonnes de barres radioactives baignent dans un bassin situé à trente mètres du sol, simplement recouvertes d’une bâche en plastique. En cas de typhon ou de séisme, une catastrophe serait difficilement évitable.

Dix fois Tchernobyl

Le Nouvel Observateur rapporte ainsi les propos d’un universitaire, le professeur Koichi Kitazawa, président de l’Agence japonaise pour les Sciences et la technologie (JST): «Après avoir écouté des centaines de témoins, ma conviction est faite. A la centrale de Fukushima, le pire est peut-être à venir. A cause de la piscine du réacteur 4, un nouvel accident peut se produire n'importe quand, qui menacerait la survie même de mon pays. Je prie pour que, dans les semaines à venir, une violente tornade saisonnière ne s'abatte pas sur la centrale.» Selon les estimations, ce serait dix fois la radioactivité dégagée lors de l’accident de Tchernobyl qui pourrait être relâchée. L'Institut de recherche nucléaire universitaire de Kyoto parle même de «5.000 fois la bombe nucléaire d’Hiroshima».

Les Japonais tremblent et les experts ne sont pas rassurants pour le reste de la planète. «La piscine du réacteur 4 menace l'humanité d'une catastrophe pire encore que celle de Tchernobyl», écrivait Jean-Jacques Delfour, professeur à l'université de Toulouse dans une tribune pour le Monde.fr. De son côté, l’Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire français (IRSN) estime que «l’état de la piscine s’améliore». Certes, la radioactivité de l’iode 131 a quasiment disparu, et celle du césium 137 a diminué avec le temps. De plus, Tepco aurait renforcé la structure du bâtiment qui soutient la piscine, explique Thierry Charles, directeur de la sûreté à l’IRSN, au Monde.fr: «Selon les calculs de résistance effectués par les ingénieurs japonais, il faudrait maintenant un séisme extrêmement puissant pour la dégrader et entraîner la mise à l'air libre des combustibles.»

Combustibles en sursis

Thierry Charles estime que les combustibles étant beaucoup moins chauds qu’en février 2011, les équipes de la centrale auraient plus de temps pour intervenir en cas de catastrophe naturelle qui laisserait les barres de combustible dans un volume d’eau insuffisant pour poursuivre leur refroidissement. Elles risquent alors de fondre et de provoquer des explosions au contact avec l’air ou de s’enfoncer dans la cuve du réacteur. Tepco a entrepris de déplacer les 1.535 barres de combustible usagé dans un site plus sûr. «Ils seront entreposés dans une autre piscine, au sol cette fois-ci en attendant de trouver un centre de stockage», poursuit Thierry Charles. En espérant que leur déménagement, prévu avant la fin 2013 et qui devrait durer un à deux ans, n’arrive pas trop tard.