La Suisse refuse l'extradition de Polanski

PEOPLE Les mesures de restriction de sa liberté sont également levées...

B.D. avec AFP

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Le réalisateur Roman Polanski sur le balcon du chalet où il est assigné à résidence, à Gstaad, le 24 avril 2010.

Le réalisateur Roman Polanski sur le balcon du chalet où il est assigné à résidence, à Gstaad, le 24 avril 2010. — LAURENT CIPRIANI/AP/SIPA

C’est non. Les autorités suisses ont refusé ce lundi la demande d'extradition de Roman Polanski vers les Etats-Unis, où le réalisateur est poursuivi pour des relations sexuelles avec une mineure âgée de 13 ans datant de 1977. Roman Polanski «ne sera pas extradé vers les Etats-Unis et les mesures de restriction de sa liberté sont levées», a annoncé la ministre de la Justice suissz Eveline Widmer-Schlumpf, lors d'une conférence de presse à Berne.

L'annonce des autorités helvétiques met fin à un long suspense, la Suisse ayant reçu officiellement la demande d'extradition américaine en octobre. «Les Etats-Unis ne peuvent pas faire appel de la décision de la Suisse» de rejeter leur demande d'extradition, a précisé la ministre suisse de la Justice.

Les ambassadeurs américain, français et polonais informés

Eveline Widmer-Schlumpf a expliqué que «les clarifications approfondies qui ont été menées à bien n'ont pas permis d'exclure avec toute la certitude voulue que la demande d'extradition américaine présentait un vice.» Elle a mentionné le refus des autorités américaines de transmettre le procès-verbal d'une audition du procureur Roger Gunson, en invoquant une décision de justice qui concluait à son caractère confidentiel.

Ce document devait permettre de confirmer que le juge avait bien assuré aux représentants des parties, lors d'une séance le 19 septembre 1977, que les 42 jours que Roman Polanski avait passés dans la division psychiatrique d'une prison californienne couvraient la totalité de la peine d'emprisonnement qu'il devait exécuter», précise un communiqué du ministère.

Si ces faits sont avérés et que Roman Polanski a dès lors effectivement exécuté l'intégralité de sa peine, la demande d'extradition des autorités américaines et, a fortiori, la procédure d'extradition sont dénuées de fondement», ont observé les autorités helvétiques. En effet, «dans ces conditions, on ne saurait exclure avec toute la certitude voulue que Roman Polanski ait déjà exécuté la peine prononcée autrefois à son encontre et que la demande d'extradition souffre d'un vice grave».

«Climat de confiance»

Les autorités suisses ont en outre jugé que la mise en oeuvre du traité d'extradition avec les Etats-Unis devait tenir compte du «climat de confiance» qui s'était établi. Le cinéaste a fait des séjours réguliers en Suisse, sans être inquiété, «depuis l'achat de son chalet à Gstaad en 2006», a rappelé la ministre. «Il ne se serait certainement pas rendu au Festival du film de Zurich en septembre 2009 s'il n'avait pas eu confiance dans le fait que ce voyage n'aurait pas de conséquences juridiques», relève le ministère de la justice dans un communiqué.

Le réalisateur du Pianiste avait été arrêté à cette date sur mandat international américain à son arrivée à Zurich pour le festival de cinéma. Il a été libéré contre une caution de 4,5 millions de francs suisses (3 millions d'euros) le 4 décembre. Muni d'un bracelet électronique, il était depuis lors assigné à résidence dans son chalet de la station huppée de Gstaad.

Polanski a quitté son chalet

Roman Polanski ne porte d'ailleurs plus de bracelet électronique. Il lui a été retiré lundi à midi, a précisé la ministre, et le cinéaste a «quitté son chalet de Gstaad», a assuré à des journalistes sur place une employée du cinéaste. «Il n'est plus là. Je peux vous assurer que M. Polanski n'est plus dans son chalet», a-t-elle répété plusieurs fois en restant sur le pas de porte du «Milky Way», qui était assiégé lundi après-midi par une trentaine de journalistes, photographes et cameramen. L'employée a toutefois refusé d'indiquer à quelle heure le cinéaste était parti.

Une voiture est sortie du garage vers 14h30, sans toutefois que l'on puisse distinguer, en raison des vitres arrière teintées, si des passagers étaient installés à l'arrière. Plusieurs photographes présents sur place depuis ce matin, sous une chaleur accablante, affirment avoir vu le cinéaste sur la terrasse du chalet, en compagnie d'un enfant.

L'avocat de Polanski «très heureux et très ému»

Les avocats de Roman Polanski, 76 ans, se démenaient depuis des mois pour tenter d'éviter un jugement aux Etats-Unis. Ils avançaient que leur client y a déjà purgé une peine de prison de 42 jours voila plus de 30 ans dans le cadre d'un accord à l'amiable démenti par la suite par le juge américain chargé de l'affaire.

>> Toutes les réactions à la libération de Roman Polanski, c'est par ici

L'avocat français du réalistaeur, Me George Kiejman, s'est déclaré «très heureux et très ému» de la décision de la justice suisse. «Je me réjouis parce qu'il va pouvoir retourner en France, et revoir librement son fils, sa fille et sa femme, Emmanuelle Seigner, à qui je rends hommage parce qu'elle a été d'un grand courage pendant toute cette période», a poursuivi Me Kiejman. «Je pense que le malentendu qui persiste avec les autorités américaines sera plus facile à régler, et j'espère qu'il pourra un jour retourner aux Etats-Unis», a ajouté l'avocat.

Pour la défense du cinéaste, la prochaine étape consiste désormais à «convaincre les autorités américaines que la décision rendue à l'époque par le juge Rittenband n'avait pas été respectée par lui, et que la peine que Roman Polanski devait exécuter, l'avait été», a précisé l'avocat.

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