INTERVIEW - Une avocate américaine décrypte le texte californien entré en vigueur le 1er janvier...
De notre correspondant à Los Angeles
Une photo peut valoir de l'or. Un tabloïd britannique aurait dépensé 500.000 dollars pour
un cliché de la dépouille de Michael Jackson. Course poursuite en voiture, planque dans des fourrés, arrosage d'informateurs (valet de parking, patron de club etc)... Tous les moyens sont bons. Depuis les révélations sur ses infidélités, une armée d'hélicoptères et de bateaux patrouille même autour de la maison
de Tiger Woods. Les paparazzi sont armés de téléobjectifs capables d'immortaliser un moment à 1 km de distance. Mais depuis le 1er janvier, une nouvelle loi est entrée en vigueur en Californie, afin de tenter de mettre un peu d'ordre dans cet écosystème. Pas sûr qu'elle ait beaucoup de succès, selon l'avocate spécialisée sur les questions de propriété intellectuelle
Kristine Lefèbvre –qui a notamment négocié les contrats avec Playboy de plusieurs célébrités dont Pamela Anderson.
Concrètement, que change la nouvelle loi?
Elle vise à davantage responsabiliser et punir les tabloïds. La loi protège déjà la vie privée d'un individu. Il est notamment interdit pour un paparazzi de s'introduire sur une propriété privée. Mais le nouveau texte prévoit de condamner un magazine qui achèterait ou publierait une photo, une vidéo ou un enregistrement, tout en sachant qu'elle a été obtenue illégalement.
Une célébrité a-t-elle le même statut et les mêmes droits que le quidam?
Non. Pour la loi, les attentes sur le respect de la vie privée sont bien moindres à partir du moment où vous êtes une personnalité publique. Si une célébrité va boire un café à
The Ivy, elle demande presque à être prise en photo. Mais le domicile ou une soirée privée sont censés rester un sanctuaire.
Jennifer Aniston a beaucoup milité pour l'adoption du nouveau texte. La situation est-elle vraiment pire qu'avant?
Certainement. Il y a une explosion du nombre de tabloïds et de sites comme
TMZ.com. A Los Angeles, il y a des paparazzi partout. Un jour, devant
Ludo Bites (le succulent restaurant ambulant de son mari,
le chef Ludovic Lefèbvre), plusieurs SUV se sont arrêtés en plein milieu du carrefour, à deux doigts de provoquer un accident. Une armée a débarqué dans l'arrière cuisine sans qu'on ait eu le temps de réagir. On a cru que c'était le Secret Service ou quelque chose dans le genre. En fait, il y avait juste Lindsay Lohan qui mangeait dans le bâtiment voisin.
Le nouveau texte sera-t-il efficace?
Ça reste à voir. Les amendes iront de 5.000 à 50.000 dollars. En ce moment, une photo de Tiger Woods en train d'embrasser une de ses supposées maitresses se négocierait probablement un million de dollar. Faites le calcul.
Propos recueillis par Philippe Berry