PORTRAIT – Le leader de Noir Désir vois sa demande de liberté conditionnelle examinée jeudi. Retour sur le porte-parole d’une génération…
Bertrand Cantat, dont la
demande de libération conditionnelle est examinée jeudi, est un écorché vif au charisme rare dans la scène musicale hexagonale.
Le chanteur, souvent comparé à l'Américain Jim Morrison des Doors pour son charisme et sa présence scénique, est le leader de
Noir Désir, le groupe de rock français le plus populaire de ces vingt dernières années, dont il était le parolier, le principal porte-parole et la figure emblématique.
Bête de scène
Né à Pau le 5 avril 1964, Bertrand Cantat fait connaissance à Bordeaux, sur les bancs du lycée, de Denis Barthe (batterie), Serge Teyssot-Gay (guitare) et Frédéric Vidalenc (basse) : ils fondent au début des années 80 Psychoz, qui deviendra Noir Désir. L'oeuvre du groupe, qui marie avec bonheur un rock sombre au son anglo-saxon et la culture française du texte, est marquée par la personnalité de Cantat.
Cheveux en bataille, boucle d'oreille et physique de rock star, le chanteur, politiquement engagé très à gauche, est féru de littérature, et plus particulièrement de poésie (il admire Rimbaud, Mallarmé ou Lautréamont). Un courant poétique qui influence ses propres textes, souvent tourmentés. Certains font date, comme le célèbre vers «Soyons désinvoltes, n'ayons l'air de rien» («Tostaky», 1993).
Cantat revendique une indépendance qui le conduit à tout maîtriser, de la pochette des albums au mixage, des clips vidéo aux affiches. En vraie bête de scène, il donne tout et ses prestations incandescentes enthousiasment un public toujours plus large. Il devra d’ailleurs lever le pied à plusieurs reprises, durant les années 90, pour préserver ses cordes vocales malmenées.
Chanteur engagé
Discret sur sa vie privée, Cantat peut se montrer virulent en public pour ses idées. Le soir des Victoires de la Musique 2002, où le groupe reçoit deux récompenses, il interpelle Jean-Marie Messier, alors patron de Vivendi Universal, dont dépend la maison de disques du groupe, Barclay, en l'accusant de récupération. «Tu permets que je t'appelle camarade ? Nous ne sommes pas dupes de ton manège, et si nous sommes embarqués sur la même planète, on n'est décidément pas du même monde».
Le chanteur de Noir Désir se signale aussi par son engagement politique proche de l'esprit libertaire, affichant une hostilité farouche au Front national et défendant les thèses altermondialistes.
Il rencontre Marie Trintignant en juillet 2002 et quitte son épouse Kristina Rady en octobre de la même année, un mois après la naissance d'Alice, leur deuxième enfant. Le 27 juillet 2003, leur relation prend un tournant tragique et les inscrit définitivement dans la mémoire collective des Français.