Ce parcours chorégraphique permet de découvrir la ville sous un autre jour.
Ce parcours chorégraphique permet de découvrir la ville sous un autre jour.

Ozal Emier

«Vous voyez quelque chose ? » Absolument rien ne filtre à travers le bandeau de mousse que Louise, la guide, a fixé sur mes yeux. « Tenez mon coude comme une canette de soda », conseille-t-elle. La jeune femme, membre de la compagnie In Situ, qui organise ces balades, avance. Moi aussi, en calant mon allure sur la sienne, et nous filons tout droit. Des détails de ce périple autour de la porte de Pantin, je ne saurai rien. Je ne vois pas, mais je sens tout : les pavés sous mes pieds, le soleil, le vent dans mon gilet. « Attention, on va traverser », prévient Louise. Comme les 70 guides bénévoles – âgés de 20 à 76 ans – qu'elle coordonne, elle a suivi une formation de six heures pour être « accompagnatrice ». « Cette balade est un moment rien qu'à vous. On va à votre rythme, on peut ne pas parler », glisse-t-elle. Paris n'est plus la « Ville Lumière » mais la « ville sons ». Dans les oreilles, une mélodie urbaine : le trafic, les cris qui s'échappent d'une cour d'école.
Ces flâneries ont commencé dans les rues de Marseille, en 2005, sous l'impulsion des chorégraphes Martin Chaput et Martial Chazallon, avant de s'exporter à Lyon, Montréal, Genève et bientôt Vancouver. « C'est parti d'une réflexion sur la place du corps entre voyants et non-voyants et comment cela créait un moment de danse », explique Martin Chapput. Cette balade est donc une danse, avec ses pas pensés à l'avance. Le parcours est décidé par les deux chorégraphes, avec des surprises, des haltes : dans un café, chez un Parisien. Ils sont 15 bénévoles à ouvrir leur porte pour le projet. Parfois on s'arrête. Intriguée, je palpe les feuilles d'un arbre ou m'assois, en tâtonnant, sur un banc. Des odeurs se mélangent. « On a eu une femme qui pleurait d'émotion et un homme qui a grimpé à un arbre », sourit Martin Chapput. Ici, le promeneur est appelé « spectateur » : « Etre spectateur, c'est être assis et regarder, ou participer ? », interroge le chorégraphe. A la fin de la balade, un danseur entamera un pas de deux avec ce « spectateur », à l'aveuglette. De quoi encore brouiller les pistes.