L'ex-patron de la CGT Cheminots se présente sous l'étiquette Front de gauche.
L'ex-patron de la CGT Cheminots se présente sous l'étiquette Front de gauche.

Hélène Colau

Les souvenirs les plus marquants de Didier Le Reste ? « Le conflit social de 1986, celui de 1995… et l'arrivée de la gauche au pouvoir en 1981. » L'ex-patron de la CGT Cheminots fait son entrée en politique en se présentant aux législatives dans la 15e circonscription de Paris (20e) sous les couleurs du Front de gauche. « C'est le prolongement naturel de mes engagements, assure-t-il. J'ai accepté de me d'y aller parce que je n'ai pas digéré que Nicolas Sarkozy se dise le candidat des travailleurs en 2007. »
La défense des travailleurs, Didier Le Reste connaît. « Je ne sais plus combien de mouvements sociaux j'ai mené. » Si celui qui milite au PCF depuis 1977 s'était toujours interdit de prendre des responsabilités politiques, c'est pour « une question d'indépendance, mais j'ai souvent été sollicité ». Au fait, à quoi servent les combats syndicaux s'ils ne sont pas relayés par les politiques ? « Avant la catastrophe ferroviaire de 1988 à la gare de Lyon, qui a fait 56 morts, on avait prévenu des dangers d'une gare en cul-de-sac. Mais ce n'est qu'après que le tunnel vers Châtelet a été percé. » Du côté des anciens camarades de la CGT, son passage à la politique ne surprend pas. Ils le décrivent comme « un humaniste, respectueux des différences mais ferme », « un homme très simple, mais aussi un battant qui sait remonter le moral à tout le monde ». Pour d'autres, ce serait plutôt la tête de mule, le bloqueur de train qui n'hésite à paralyser la France. « C'est mon caractère breton », plaisante Didier Le Reste. Une détermination qui s'est aussi forgée avec les épreuves de la vie. « A l'adolescence, j'ai appris que ceux qui m'avaient élevé n'étaient pas mes vrais parents. Je me suis dit que puisque la société me rejetait, j'allais m'imposer. »
Il monte son premier syndicat à 18 ans, alors qu'il travaille dans une fonderie de la Nièvre. « C'était un peu Germinal. Les anciens avaient besoin d'être bousculés et moi, j'étais un rebelle. » Après l'armée – « ils ne m'ont pas loupé, mais on a fait face, comme d'habitude » –, il entre à la SNCF comme contrôleur. « Ça me plaisait, il y avait du contact avec le public et on est le patron du train. » Patron ? « Je préfère le terme dirigeant », sourit-il. Au foot, qu'il a longtemps pratiqué, il est aussi capitaine. Ce meneur saura-t-il accepter les compromis inhérents aux fonctions électives ? « Pas question de louvoyer, affirme-t-il en tapant du poing sur la table. En revanche, je sais négocier. » Cet autodidacte prendra le temps d'apprendre encore : « Je pense que ce n'est pas ma dernière candidature. »