L'allure insignifiante du petit homme au ventre bedonnant, cheveux et bouc noirs, contraste avec les sordides crimes pour lesquels il doit s'expliquer depuis mercredi devant la cour d'assises de l'Essonne à Evry. Manuel Da Cruz, 49 ans, est jugé pour l'enlèvement, la séquestration, le viol et l'assassinat de Marie-Christine Hodeau qu'il a kidnappée, jetée dans le coffre de sa voiture, ligotée puis étranglée le 29 septembre 2009, alors que la jeune femme faisait son jogging aux alentours de Milly-la-Forêt.
Un calvaire d'autant plus cruel que l'accusé, père de quatre enfants, avait déjà violé neuf ans auparavant une de ses voisines, âgée alors de 13 ans, dans des bois à quelques kilomètres de là. Un crime pour lequel il a été condamné à 11 ans de prison. La vie de Manuel Da Cruz, décortiquée mercredi à l'ouverture du procès, est jonchée de schémas marqués par la violence et l'alcool. Elevé au Portugal par ses grands-parents, il rejoint ses parents en France à l'âge de 7 ans.
Son père est alcoolique, le bat et terrorise la fratrie. Un soir de Noël, après avoir reçu des coups, il quitte le domicile à 17 ans et erre pendant un an. Il rencontre en boite de nuit la mère de son premier enfant. «Il me frappait. En rentrant de la maternité, il m'a forcée à avoir un rapport alors que j'avais subi une épisiotomie. C'était douloureux», témoigne-t-elle.
De son côté, la famille de l'accusé le dépeint comme un «bon père, un homme qui a du cœur, serviable». Sa sœur aînée reconnaît qu'il «peut être violent». Lui même le dit. «On avait des engueulades, elle se prenait une gifle mais elle ne disait rien», raconte-t-il en parlant de sa troisième compagne, Maria, avec qui il a eu deux enfants. Décrit comme un «coureur de jupons», il n'hésite pas à forcer le trait en confiant à la cour qu'au maximum, il avait «huit maîtresses en même temps».
Manuel Da Cruz reconnaît avoir tué et violé Marie-Christine Hodeau. Mais reste très évasif lorsqu'il s'agit d'expliquer ses actes. Pulsion sexuelle ou préméditation? Un témoin l'a vu rôder plusieurs jours auparavant autour du bois. L'étude des faits, à partir d'aujourd'hui, devrait permettre aux jurés de se forger un avis.