Rachida Dati, maire du 7e.
Rachida Dati, maire du 7e.

William Molinié

L'insensé procès qui oppose Rachida Dati et deux détenus de la prison de Poissy (Yvelines) a enfin pu se tenir hier devant le tribunal correctionnel de Versailles, après trois renvois. Germain Gaiffe, 43 ans et Alfredo Stranieri, 54 ans, sont poursuivis pour « outrage sur personne dépositaire de l'autorité publique ». Depuis 2009 et l'envoi d'une lettre, ils revendiquent tous deux la paternité de Zohra, la fille de l'ancienne garde des Sceaux, Rachida Dati, née le 2 janvier de cette année-là.

Dignité bafouée
Cette fois, pas de débordements. Lors de précédentes audience, les deux hommes, condamnés pour assassinat (lire encadré), avaient inscrit sur leur corps des inscriptions telles que « Père de Zohra » ou « Escroc du siècle ». Hier, au cours d'une audience de 5 h 30, Gaiffe, vêtu sobrement d'un survêtement blanc et bleu, a commencé pendant près de deux heures par déposer trois questions prioritaires de constitutionnalité, remettant en cause l'institution judiciaire. Demandes qui seront examinées plus tard par la présidente du tribunal. Cette dernière questionne le prévenu : « Maintenez-vous être le père de Zohra ? ». « Le père biologique, non. Mais le père légal, oui, car j'ai envoyé une déclaration de paternité jointe à la lettre », répond Gaiffe. « Je ne voulais pas que cette petite soit traitée de bâtarde », poursuit le prévenu, qui s'est aussi constitué partie civile au titre de président d'association et réclamant de sa propre part des dommages et intérêts s'il était reconnu coupable. Devant tant d'absurdité, son homologue, Stranieri, se gausse dans le boxe. « C'est un roman invraisemblable », coupe la présidente. Me Metzner, l'avocat de Rachida Dati, plaide avec gravité. « Pourquoi porter plainte ? Pour éviter qu'un jour, sa fille lui demande pourquoi elle n'a pas réagi alors que sa dignité avait été bafouée ». Le parquet a requis six mois de prison. Le jugement a été mis en délibéré au 5 décembre.

Condamnations

Alfredo Stranieri a été condamné en 2004 à la réclusion criminelle à perpétuité, dont 22 ans de sûreté, pour quatre assassinats et une tentative. Germain Gaiffe, lui, a écopé de 30 ans de prison en 2003 pour le meurtre en 1997 d'un assureur.