Le dernier cinéma porno de Paris, situé dans le 2e, tente de survivre en diversifiant ses activités et accueille par exemple des humoristes le vendredi.
Le dernier cinéma porno de Paris, situé dans le 2e, tente de survivre en diversifiant ses activités et accueille par exemple des humoristes le vendredi.

Tiphaine Réto

La Scala, le Méry ou encore Le Capri… Sur une affichette écrite à la main, les noms s'égrènent pour résister à l'usure du temps. «C'est la liste des cinés pornos en 1975. A l'époque, on était une centaine.» Maurice, 69 ans – «le plus bel âge, évidemment» – est l'indéboulonnable propriétaire du Beverley, ultime salle obscure dans Paris à projeter des films X, rue de Ville Neuve (2e). «Je suis arrivé il y a 28 ans, pour un remplacement. Je ne suis plus reparti.»

Le coup de foudre fut immédiat: «J'ai retrouvé l'atmosphère des bistrots de quartier, où on refaisait le monde autour d'un verre. Sauf que, ici, c'est autour du cul qu'on discute.» «Ne pensez surtout pas que c'est un repère de pervers, prévient Benjamin, client, ami et grand bavard du Beverley. C'est Monsieur Tout le monde qui vient. Parfois Madame aussi… Plus rarement.»

« Au Beverley, on est des cinéphiles»

Il montre du doigt l'énorme Super Lumi-X qui projette chaque semaine, de 11h à 23h, les bobines des films en 35 mm. Des collectors tels que Les lolos de la pompiste ou L'avocate n'a pas de culotte. «Je ne regarde jamais les chaînes X à la télé, reprend Benjamin. Ce qui y passe est moche. Au Beverley, on est des cinéphiles.»

Maurice, pourtant, a dû élargir sa gamme de projection. Une semaine sur deux, il passe des films numériques. «Ça a beaucoup changé, remarque-t-il. Avant, dans les films pornos, on voyait des femmes à poil. Maintenant, on voit des femmes sans poils.» Un monsieur au dos courbé par les décennies s'approche de la caisse: «C'est toujours du porno que vous projetez ici?» La clientèle est hétéroclite. «On a beaucoup d'étrangers à venir par curiosité. Mais on a aussi des veufs et des handicapés».

Pour Maurice, aucun doute: «Les douze euros de l'entrée devraient être remboursés par la Sécu. Où vont aller ces gens quand le ciné va fermer?» En trois ans, le Beverley a perdu la moitié de sa fréquentation. «Mais les taxes, elles, n'ont pas baissé», se désole Maurice. Pour entamer la reconversion de la salle, il accueille désormais, chaque vendredi, des humoristes. Benjamin se fait déjà une raison: «C'est tant pis pour les jeunes. Mais quand le Beverley va disparaître, c'est un peu du patrimoine de l'humanité qui va partir.»

Classé X

«Autrefois, on pouvait voir Blanche Neige et Les lolos de la pompiste dans le même cinéma, se souvient Maurice. On ne parlait d'ailleurs pas de porno, mais de films pour adultes. C'est la loi sur le X qui a tout changé.» Adoptée en octobre 1975, cette loi taxe à 16,08 % les billets des films pour adulte (contre 10,72% pour les autres) et prive de subvention les salles qui les diffusent. Le classement X est attribué par une commission du ministère de la Culture. Il est à différencier de l'interdiction aux moins de 18 ans, qui n'est pas assortie des mêmes contraintes.