«J'aurais bien aimé que ça boucle derrière. » Saliha fait la fine bouche. Mais son sourire qui se reflète à l'infini dans les longs miroirs du salon ne trompe personne. « Je savoure. J'ai peu de moyens et ce n'est pas tous les jours que je peux me faire faire une beauté comme ici. » « Ici », c'est le salon de l'association Joséphine pour la beauté des femmes. Un espace élégant et coloré installé depuis le 8 mars dernier dans le quartier de la Goutte d'or (18e). Son principe : offrir aux femmes les plus démunies un moment de bien-être. Coiffure, maquillage, soin des ongles, épilation ou conseil vestimentaire... Pour 3 €, tout est permis. Le salon prête même des vêtements pour un entretien d'embauche ou un rendez-vous galant. « La réinsertion n'est pas que professionnelle, explique Lucia Iraci, présidente de l'association. Elle passe aussi par la confiance en son image. »
« Pas d'apitoiement »
Car le fard, ici, sert avant tout à poser son masque. L'association accompagne au plus près les femmes qui se tournent vers elle. Dans le fond du salon, Koura Keita, l'assistante sociale, reçoit ces femmes. « Face à la pauvreté, aux violences physiques ou morales, j'essaie d'analyser ce dont chacune a besoin pour l'orienter vers les services adéquats. » Pour elle, le travail de l'association est avant tout d'utilité sociale : « Plus pauvres que les hommes, les femmes sont beaucoup moins aidées. Elles pensent d'abord à leur famille, mais prennent rarement un moment pour elles. » Souffler, discuter, se faire chouchouter pour repartir la tête haute. Lucia Iraci sait que l'idée fonctionne. Coiffeuse de renom, elle accueillait déjà, une fois par mois, ces femmes en difficulté dans son chic salon du 6e arrondissement. « Il n'est pas question d'apitoiement ou d'assistanat. Beaucoup sont revenues après avoir trouvé un emploi. Ce sont elles qui, bien dans leur peau, se prennent en main. » Saliha acquiesce en remuant ses mè-ches dorées. « ça ne sert peut-être à rien d'être belle... Mais ça fait tellement de bien. »