190 expulsions ont abouti en 2010
190 expulsions ont abouti en 2010

William Molinié

La trêve hivernale des expulsions s'achève officiellement ce mardi soir. Dès jeudi 6h, les huissiers pourront se mettre à l'œuvre. Les associations, qui se sont mobilisées dans toute la France samedi dernier, évoquent des augmentations records d'expulsions locatives. En 2009, 106.500 décisions de justice ont été prononcées, soit 1,3% de plus qu'en 2008 et 50% de plus qu'en 2002.

«C'est déplorable»

«Ce qui est très inquiétant, c'est la progression du recours à la force publique pour mettre à la rue les familles», regrette Benoît Filippi du Réseau stop aux expulsions (Resel). En 2010, 1.260 ménages se sont retrouvés expulsés de force à Paris et 2.268 en Seine Saint-Denis, soit une augmentation de 29% par rapport à l'année précédente. «Les expulsions manu militari s'accélèrent à l'automne, juste avant la trêve hivernale. C'est déplorable», estime-t-on à la mairie du Blanc-Mesnil.

Les loyers impayés sont à l'origine de ces situations. «En dix ans, les loyers ont augmenté de 90% à la relocation. Dans la même période, les revenus des ménages n'ont progressé que de 12%. Aujourd'hui, des familles consacrent plus de 50% de leur salaire à leur logement», croit savoir Jean-Baptiste Eyraud, porte-parole de l'association Droit au logement (Dal).

Conséquence de ces expulsions, le nombre croissant de familles à la rue dans la capitale (lire encadré). D'après l'observatoire du Samu social, elles auraient augmenté de 400% entre 1999 et 2009, concernant ainsi aujourd'hui 9.000 personnes, contre 1.200 il y a dix ans. «Il faut mettre fin à la spéculation des biens immobiliers», estime Jean-Baptiste Eyraud qui réclame notamment un moratoire sur les expulsions locatives, le gel des loyers dans les HLM, la baisse des loyers du parc privé et la construction massive de logements sociaux.

Enquête

Le Samu Social a lancé une enquête sur les familles sans domicile de la capitale. «L'hébergement d'urgence dans Paris est complètement saturé. Donc les familles restent plus longtemps, 12 jours seulement en 1999, contre six mois en 2009», explique Erwan Le Mener, sociologue à l'observatoire du Samu Social. Son enquête va durer deux ans, au terme desquels, il espère faire des propositions pour améliorer le relogement durable des familles franciliennes.