Les tours 23 et 24 (en haut) sont les premières à avoir été complètement vidées de leurs habitants il y a quelques semaines. Elles seront ensuite rasées. En attendant d'être relogés dans de nouveaux logements sociaux (en bas), les locataires de la Forestière doivent toujours s'entraider à cause des ascenseurs en panne (au milieu).
Les tours 23 et 24 (en haut) sont les premières à avoir été complètement vidées de leurs habitants il y a quelques semaines. Elles seront ensuite rasées. En attendant d'être relogés dans de nouveaux logements sociaux (en bas), les locataires de la Forestière doivent toujours s'entraider à cause des ascenseurs en panne (au milieu).

Alexandre Sulzer

Aujourd'hui, Catherine, la gardienne de la Forestière, n'est pas disponible : elle est bien trop occupée à régler la question du chauffage et de l'eau chaude dont deux tours de cette cité, emblématique de Clichy-sous-Bois (Seine-Saint-Denis), ne peuvent toujours pas bénéficier depuis 10 jours. « Comme plus de 200 logements sur les 508 de la copropriété ont été vidés (lire ci-dessous), cela crée des problèmes de pression d'eau et de l'exaspération », décrypte Hélène Malengana, chef de projet de l'association « Sauvegarde de l'enfance Seine-Saint-Denis », en charge d'une Maîtrise d'œuvre urbaine et sociale (Mous).

Une impression de cité fantôme
Ces logements vidés de leurs habitants donnent une première impression de cité fantôme: certains appartements sont murés, d'autres ont les portes-fenêtres brisées tandis que les balcons en aluminium ont été arrachés. « Tout ce qu'il y avait à récupérer en matériaux à revendre à été récupéré », explique Kalilou, médiateur à la Mous. Malgré cette désolation, qui se rajoute aux tags et aux façades noircies par les incendies réguliers, il trouve que « la copropriété s'est améliorée ces dernières années ». « Avant, il y avait des jeunes qui traînaient sur les paliers, ils n'y sont plus. » « La Forestière n'est pas le coupe-gorge que certains journalistes veulent décrire, complète Hélène Malengana. Il y a une ambiance de village. C'est vrai que les jeunes au pied des immeubles gênent certaines familles. » Mais les plaintes qui reviennent régulièrement dans la bouche des habitants concernent avant tout les ascenseurs – seules 4 tours sur 17 en ont qui fonctionnent – et l'insalubrité : l'humidité qui règne dans tous les logements à cause des fuites d'eau. Et les rats, attirés par les déchets jetés encore, mais moins qu'avant, dans les parties communes ou abandonnés dans les recoins des espaces verts. « Je suis attaché à “Forestcity”, raconte Almany, 24 ans, qui a créé l'association «Mieux vivre la Forestière». Mais on sait tous qu'on ne peut pas rester ici : il y a trop d'insalubrité et on est stigmatisé. Ma mère, elle est pressée de partir. Elle en a marre de payer des charges pour rien ». « Le renouveau de la cité, finalement, c'est une bonne chose, complète Moustafa, 23 ans, qui discute avec ses amis devant un hall. Les conditions de vie sont inadmissibles. Après, on s'étonne que la mauvaise graine y pousse ! » Son ami Djochas, 25 ans, est moins enthousiaste : « les nouveaux logements, c'est juste pour redorer l'image de la ville après les émeutes de 2005 ! Il y en a qui ne pourront même pas payer les charges là-bas ! » Les deux potes sont d'accord pour dire que « ça fera quelque chose quand les tours seront rasées. La Forestière, on l'a gravée dans le cœur !».