Des files d'attente interminables, pas d'accès pour les handicapés ni d'informations, des toilettes mal entretenues… Les conditions d'accueil des étrangers à la préfecture de Bobigny (Seine-Saint-Denis) sont «indignes», dénonce dans un rapport un collectif d'association.
A en croire ce «livre noir» de 42 pages, présenté ce matin et que 20 Minutes a pu consulter en exclusivité, entre 200 et 300 sans-papiers se succèdent chaque jour devant la préfecture pour espérer décrocher ou renouveler leur titre de séjour. «Il faut passer la nuit dans des conditions lamentables, qu'il pleuve ou qu'il vente», selon les associations.
Chaque jour, la direction des étrangers de la préfecture accueille près de 1.500 usagers. «La capacité est de douze guichets. Mais la plupart du temps, on n'en ouvre que quatre ou cinq, car on manque de personnel», explique Daniel Lafon, permanent syndical CFDT à la préfecture de Bobigny.
Selon lui, chaque agent reçoit une soixantaine de personnes par jour. «On n'a pas le temps de leur expliquer correctement les démarches», regrette-t-il. Pour désengorger les files d'attente, le rapport préconise la création d'une seconde sous-préfecture et la rédaction de fiches d'informations en plusieurs langues.
De son côté, le préfet de Seine-Saint-Denis, Christian Lambert, reconnaît que l'accueil s'était dégradé début 2010 et promet une amélioration «dans les prochains mois».
Pour cela, un bâtiment supplémentaire devrait être ouvert avant la fin de l'année et le traitement des dossiers par voie postale développé. «Reste un problème: les délais de traitement qui atteignent près d'un an», fait remarquer la Cimade.
Alexandre est marié à une Colombienne. Depuis trois mois, c'est le parcours du combattant pour renouveler le titre de séjour de sa femme.
«En mai dernier, nous sommes allés à la préfecture de Bobigny. On est arrivés à 4h du matin. Des gens dormaient sur place dans des sacs de couchage. Dans la file d'attente, certains vendaient leurs places à ceux qui arrivaient plus tard. Un vrai business. A 10h, on est rentrés dans l'espace d'accueil, une salle avec des chaises sans personne pour vous expliquer les démarches. Les toilettes, qui sont uniquement à l'intérieur, étaient inondées. A midi, on nous a invités à nous présenter au guichet. L'agent nous a remis un formulaire. Ca a duré dix secondes, pour dix heures d'attente. Et encore, on n'était pas les plus à plaindre.»