Il aura fallu dix mois de réflexion à la Mairie de Paris pour dire non. Non à la création de nouvelles zones touristiques autorisant l'ouverture dominicale. Non à l'extension des sept existantes (Champs Elysées, Montmartre, Louvre-Rivoli…). Bertrand Delonoë, le maire PS, doit le confirmer au prochain Conseil de Paris, prévu le 7 juin. Une décision qui ravive déjà les tensions.
« Paris doit se reposer »
« Créer de nouvelles zones, du côté du boulevard Haussmann par exemple, c'était la porte ouverte à tous les dangers, notamment sociaux et sociétaux » assure Lyne Cohen-Solal, l'adjointe PS de Bertrand Delanoë au commerce. « Aujourd'hui, 15 000 commerces ouvrent déjà le dimanche. C'est 20 % de l'activité commerciale de la capitale. Et puis, ça suffit ! Il faut bien que Paris se repose » lâche l'élue, remontée. Côté syndical, on comprend ce coup de frein amorcé par la ville. « Les grands magasins ont beau dire qu'ils créeraient de l'emploi en ouvrant le dimanche, sur le même trottoir, les petits indépendants mettraient la clé sous la porte, » avance Karl Ghazi, porte-parole du CLIC P, Comité de Liaison Intersyndicale du Commerce de Paris.
L'opposition critique, elle, ce statu quo jugé néfaste économiquement. « Paris ne veut pas s'adapter aux nouvelles conditions d'achat. C'est une véritable perte de chiffre d'affaires », regrette Jérôme Dubus conseiller de Paris du groupe Centre et Indépendants, qui demande que les Parisiens soient consultés par référundum sur cette question.
Hier, au pied des Galeries Lafayette, boulevard Haussmann, les avis étaient partagés devant les grilles baissées. « Moi, ça me va comme ça. Le dimanche, c'est balade sans achat ! », lâche Marion, montpelliéraine en week-end. Rémy, 35 ans, habite à 200 m et n'est pas du même avis. « Travaillant du lundi au vendredi, je ne peux même pas profiter de mon quartier. Heureusement que certaines enseignent ferment tard le soir. Sinon le samedi, c'est bondé et le dimanche, c'est mort. Dommage. »
En disant stop à l'ouverture du dimanche, Bertrand Delanoë tient sa revanche. Il y a un an, Nicolas Sarkozy voulait faire de Paris un cas à part. En confiant au préfet la gestion des zones touristiques, la loi faisait de la capitale la seule ville française où le maire n'avait pas son mot à dire sur l'ouverture dominicale. Bertrand Delanoë en a appelé au Conseil constitutionnel, qui a tranché en sa faveur le 6 août dernier, les sages estimant qu'il revenait au maire socialiste de définir ces zones.