Il erre dans les rues de Paris, son ballon à la main. Quand Moussa* voit un mur vierge, il fait rebondir la balle, jongle, dribble. Souvent, il s'arrête. Fait des pompes, des abdos ou court un peu. «Il ne faut pas que je perde le pied», sourit-il, amèrement. Le jeune homme de 19 ans, qui dort en ce moment dans un centre pour SDF à proximité de la gare du Nord (10e), a de quoi «ne plus faire confiance à personne». Lorsque ce Sénégalais est arrivé au Portugal l'année dernière, il pensait devenir footballeur professionnel. Il fait partie désormais des victimes du trafic de jeunes sportifs dénoncé aujourd'hui lors d'une conférence de presse (lire l'encadré).
Une promesse très chère
«Un jour de 2009, raconte-t-il, un homme portugais est venu organiser un test dans l'académie de foot de Dakar, où je m'entraînais.» Moussa – qui a appris le ballon rond «dans la rue, comme tous les Sénégalais» – est «retenu» avec deux autres ados. En échange d'une avance de 5.000 €, on lui promet un contrat pro dans un club de Porto. Moussa, dont l'idole est El-Hadji Diouf, qui joue en Angleterre, convainc l'un de ses frères d'hypothéquer la maison de leurs parents décédés pour récupérer l'argent. Avec la promesse de rembourser très vite le prêt une fois le contrat signé. Mais, arrivé au Portugal, il déchante. Installé dans un «hôtel de passe», il s'entraîne une dizaine de jours avec une équipe de 3e division.
Mais l'homme qui l'a fait venir disparaît, l'hôtel lui demande de partir et le club dit ne pas pouvoir le prendre avant le mois d'août. Moussa dort dans le métro avant d'être hébergé par une restauratrice à qui il donne des coups de main. En janvier, il appelle une «connaissance» à Paris qui lui paie un bus jusqu'à la capitale française. Depuis, son ami est parti aux Etats-Unis. Moussa vivote, bien malgré lui, dans les rues. «Mon destin n'est plus entre mes mains, regrette-t-il, la voix étranglée. L'homme qui m'a escroqué m'a fait perdre beaucoup de choses : mes études – je voulais devenir comptable – et ma famille.» Car Moussa n'ose pas appeler ses frères et sœurs. «J'ai peur, ils vont perdre la maison. Je me sens fautif d'avoir insisté… Tout est flou devant moi…» Celui qui est sans-papiers depuis dix jours compense son désespoir par l'effort : «Quand je m'entraîne, je ne sens plus le poids du monde peser sur mes épaules.»
* Le prénom a été modifié
L'association Foot solidaire, créée par le footballeur pro Jean-Claude Mbvoumin, lance une campagne contre le « trafic et l'exploitation des jeunes footballeurs africains » à l'occasion du Mondial.