Une situation de plus en plus préoccupante. Depuis plusieurs mois, élus et habitants du 18e dénoncent des «bavures policières» qui se seraient multipliées dans cet arrondissement (lire encadré). Et notamment dans le quartier de la Goutte d'Or. «Il y a quinze jours encore, des policiers ont frappé et placé en garde à vue plusieurs personnes sans raison apparente. Ce qui est très frappant, c'est l'accélération de ce phénomène», dénonce Ian Brossat, élu communiste de l'arrondissement.
Priorité à la lutte contre la drogue
Excès de zèle, sentiment d'impunité, attitude de cow-boy… Les reproches aux policiers ne manquent pas. «Il me semble qu'ils se trompent de cible. Ils utilisent les gros bras contre les vendeurs à la sauvette. A l'inverse, ils laissent les dealers faire leur business en toute tranquillité», analyse une habitante de la rue Cavé, qui reconnaît que depuis la fermeture du square Léon la nuit, il y a un an, «la situation s'est quand même améliorée».
Chez les commerçants, le discours est plus mesuré. «Heureusement qu'ils sont là», commentait, mercredi, un boucher de la rue Poulet, au triangle de Château Rouge. Et pour cause, un individu venait tout juste de lui dérober un cageot de nourriture. Il ne déposera pas plainte. «Je ne veux pas d'ennuis», justifie-t-il. «Les gens ont l'impression que leurs plaintes se réduisent automatiquement à des mains courantes», ajoute une animatrice de l'Accueil Goutte d'Or, le centre social de la rue des Gardes.
Les policiers reconnaissent que le territoire est difficile. «La drogue est notre priorité. Le moindre incident peut dégénérer très rapidement. Alors on y met les moyens. Je comprends qu'on puisse penser qu'on est sur les dents», confesse Luca Togni, commissaire central adjoint du 18e. «Pour retrouver une confiance avec les habitants, il faut retourner au cœur du métier du policier: la proximité», détaille-t-on chez le syndicat Alliance, organisation majoritaire dans la police nationale.
CHRONOLOGIE
Juin 2009: un Colombien, victime d'une agression, porte plainte au commissariat. Placé en garde à vue, il assure avoir été insulté et frappé. Novembre 2009 : lorsd'un contrôle dans un bar,des témoins relatent plusieurs remarques racistes.Janvier 2010 : un hommeest placé en garde à vuepour une remarque moqueuseà des policiers en civil.Février 2010 : Un enseignant assure avoir été frappéet menotté pour tapage nocturne.