Une Iranienne, reconduite à la frontière, est assise sur une chaise. Au micro, un homme lit des témoignages de sans-papiers, de politiques, de préfets. Ofpra, Mrap, PAF… les mots s'entrechoquent, la jeune femme ne comprend pas. Soudain, une claque la fait tomber. Fin de la scène, les comédiens s'interrompent pour discuter le rythme, le ton, et même le texte. Car ce n'est pas une simple répétition : le collectif Daja est le premier à avoir obtenu une résidence au WIP de la Villette (19e), « un laboratoire permanent du dialogue arts-société », qui a ouvert au début du mois. Ses membres montent leur spectacle au fil des improvisations, guidés par les recherches d'un historien de l'immigration et par des témoignages. « Depuis plusieurs années, nous avions l'idée de travailler sur l'histoire de la carte d'identité, explique Martine Derrier, l'une des fondatrices du collectif. Le WIP a été notre bouée de sauvetage. Il nous offre deux semaines sur les quatre nécessaires pour monter Allons z'en France, avec deux comédiens et un danseur hip-hop. »
Pas de limite artistique
« Avec le WIP, nous continuons sur la lancée des Rencontres de la Villette consacrées aux cultures hip-hop, rappelle Marie-France Ponczner, l'une des programmatrices. Théâtre, danse, musique… Nous n'avons pas de limite dans les champs artistiques. Mais il faut que les projets aient une dimension sociale, par leur thème ou par les personnes qui vont pouvoir travailler avec les artistes. » Sur les trois prochains mois, une dizaine de compagnies va déjà profiter de ce lieu de création. Ils n'auront pas tous la chance de jouer leur spectacle sur place. « Nous organisons des rencontres avec le public, qui peut participer au processus de création, précise Marie-France Ponczner. Ensuite, certains pourront peut-être se produire à la Grande Halle de la Villette. Les autres, nous pouvons les aider grâce à notre réseau de lieux de diffusion. »