«Si t'es pas mort, envoie plus fort.» La devise des pompiers de la caserne Parmentier (11e) est inscrite en lettres noires sur le mur de la salle de musculation. Une pointe d'humour pour leur rappeler que lorsque la sirène hurle dans les couloirs, ils n'ont que quelques minutes pour s'habiller, charger un véhicule et démarrer. Et avec le sourire, de préférence. Mercredi matin, l'activité est plutôt calme dans la caserne. Un moment de répit qui permet à tout le monde de récupérer de la veille: trente sorties et deux feux dans la même journée.
Urgences injustifiées à répétition
«Vous n'allez pas forcément tomber sur l'incendie du siècle. On a de plus en plus d'interventions pour de la bobologie. Le problème, c'est s'il se passe vraiment quelque chose en même temps», prévient l'adjudant-chef Willy Coulaud, en poste depuis 2006. Quelques minutes plus tard, l'alarme retentit. Les trois pompiers de service sautent dans un véhicule et partent à vive allure. Sur place, ils trouvent un sexagénaire couché sur le trottoir, visiblement désorienté.
«Il a fait un malaise, il est tombé. Mon premier réflexe a été d'appeler les pompiers. ça me rassure qu'ils soient venus en si peu de temps», reconnaît Cécile, qui passait par là en compagnie de ses enfants. Sueurs, teint pâle, légers tremblements… « Sans doute un malaise dû à une hypoglycémie », diagnostique William, le responsable de l'équipe. La victime est emmenée aux urgences de l'hôpital Tenon (20e). «On était à la limite de l'intervention justifiée des pompiers. Il est tombé sur la voix publique et il est diabétique. C'est de notre ressort. Mais le Samu aurait fait aussi bien que nous», souligne le lieutenant-colonel Florent Hivert.
Ça fait toujours mieux quand un pompier constate les blessures
De retour à la caserne, une platée de pâtes à la carbonara les attend. Il faut pourtant repartir avant d'en avaler une seule. Cette fois, c'est un appel de la police, à la suite d'une agression. Sur le trottoir, quatre policiers, et un homme, l'œil hagard, les attendent. «Ce monsieur s'est fait agresser. Il a été bousculé et a demandé à voir les pompiers», explique un des fonctionnaires. Mais l'homme tient debout et a tout juste l'air secoué. Aucune urgence. «Des interventions comme ça, on en a au moins cinq par jour sur le secteur. Alors, allez vous-mêmes aux urgences», sermonne William. Il rajoute, en aparté: «Pour déposer plainte, ça fait toujours mieux quand un pompier constate les blessures. Ils peuvent demander des interruptions de temps de travail à leur patron. » La victime, elle, ne cesse de se confondre en excuses. « Ce sont les flics qui ont appelé. Je ne savais pas », rouspète-t-il, en repartant.