Grégor Podgorski photographie des nus depuis trente ans. Cet artiste polonais de 45 ans, installé à Fontenay-sous-bois (Val-de-Marne) depuis vingt-six ans, a inauguré hier dans une galerie du 11e, «Actuel'art» une exposition – «Femmes révélées, femmes effacées et les autres…» – sous surveillance policière.
«Provoquer des réactions»
Objet de l'inquiétude des autorités : une série de cinq photos grandeur nature qui représentent chacune une femme. A droite, elle est entièrement nue. A gauche, dans la même pose, elle est recouverte d'un drap noir qui ressemble à s'y méprendre à un voile intégral. Provocation en plein débat sur la burqa?
«Tout artiste est là pour provoquer des réactions, des ressentis», répond Grégor Podgorski, qui entend avant tout dénoncer le sort fait aux femmes. «Il y a quelques mois, j'ai croisé six burqas dans la rue à Paris, Vincennes et Fontenay… Ça été le déclic. Ils n'ont pas le droit d'effacer la femme comme cela…»
«La connerie n'est pas arabe, elle est universelle»
Mais le photographe met aussitôt en garde contre les amalgames racistes «vite faits». «La connerie n'est pas arabe, elle est universelle», martèle celui qui a choisi exprès cinq femmes d'origine ethnique différente pour sa série. «Il n'y a aucun rapport entre l'identité nationale et certaines dérives sectaires...» «Il est normal qu'un artiste qui a, tout au long de sa carrière, travaillé sur le corps, réagisse à un tel sujet », estime Jean-Robert Franco, directeur de la galerie. «Regardez, j'ai arraché les yeux de la femme nue et les ai collés sur son double voilé, décrypte Grégor. Je n'ai rien caché de cette femme nue. Mais quelques centimètres carrés d'arrachés suffisent à la priver de son identité car elle a perdu son regard. Malgré cela, la première violence que l'on ressent en regardant la photo, c'est la burqa!»
Le photographe précise que les modèles sont des anonymes volontaires: «C'est elles qui se manifestent en tant que femmes, c'est elles qui se mettent en première ligne.» Véronique, 42 ans, est l'une d'elles. «Au début, j'ai hésité car avec un rien, on fait une polémique... Mais j'ai des convictions féministes et laïques...» Comment se préfère-t-elle, nue ou voilée? «Nue car même sans mes yeux, on voit mon sourire. Il y a de la vie quand même...»