Sarchosuchus, nouvel imperator du Muséum

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Publié le 13 janvier 2010.

SCIENCE - La galerie de paléontologie accueille un spécimen exemplaire de l’ancêtre du crocodile...

Sarchosuchus imperator refait surface. Cent dix millions d'années après avoir régné sur les lacs africains, cet ancêtre du crocodile va devenir, dans quelques jours, le nouveau maître de la galerie de paléontologie* du Muséum national d'histoire naturelle (5e), aux côtés d'autres remarquables squelettes comme ceux du tricératops, du compsognathus, du grand éléphant de Durfort, ou du mammouth de Sibérie.

Actuellement en phase finale de montage, les visiteurs peuvent déjà l'apercevoir. «Cela faisait un demi-siècle que le Muséum n'avait pas accueilli de squelette de dinosaures», se réjouit Hervé Lelièvre, responsable de la paléontologie. Ce fossile a été découvert il y a trente-sept ans, dans le désert du Niger, l'un des principaux viviers de dinosaures au monde. «Il est constitué de 186 ossements, provenant tous du même individu, ce qui est unique au monde», assure Philippe Taquet, le paléontologue français qui a déterré ce trésor en 1973. Quelques années auparavant, le scientifique avait été le tout premier à découvrir un crâne de sarchosuchus, en 1966, toujours au Niger.

Il mesurait onze mètres

Un autre crocodilien sera trouvé quelques années plus tard au Brésil. «Cela est venu conforter la thèse qu'Afrique et Amérique ne formaient qu'une seule plate-forme il y a 110 millions d'années, car ce dinosaure ne vivait qu'auprès des lacs et des fleuves. Il ne pouvait donc pas y avoir d'océan entre les deux. Les deux continents se seraient séparés il y a environ 100 millions d'années, le sarchosuchus donnant ainsi naissance à deux lignées différentes, l'une en Afrique, l'autre en Amérique, avant de s'éteindre», explique Philippe Taquet.

Il mesurait à l'époque onze mètres - contre six pour le plus grand crocodile actuel - et pesait cinq à six tonnes. Une taille monumentale dues aux conditions climatiques et géographiques de cette période. «Sur cet immense continent, la végétation était luxuriante, avec de gigantesques lacs autour desquels la faune et la flore étaient abondantes, et il régnait une chaleur intense, de l'ordre de 35 °C en moyenne.»

«Les dinosaures n’arrêtaient pas de se bouffer entre eux»

En revanche, les scientifiques disposent de peu d'éléments concernant sa longévité. «Potentiellement, il pouvait vivre plus de cent ans. Mais les dinosaures n'arrêtaient pas de se bouffer entre eux; l'espérance de vie était donc assez limitée à l'époque », estime le paléontologue. Le sarchosuchus se nourrissait essentiellement de gros poissons, mais pouvait aussi s'attaquer à d'autres dinosaures. «Il se disputait sans doute la nourriture avec les spinosaures, eux aussi friands de poissons.»

Cent millions d'années plus tard, l'espèce a considérablement évolué. «Son museau était beaucoup plus allongé, et se terminait par deux énormes narines situées sur le dessus, dont la constitution l'empêchait de rester très longtemps sous l'eau. On note aussi d'importantes différences au niveau du crâne et des vertèbres», énumère Philippe Taquet. Une évolution qui n'empêche pas le crocodile actuel de rester, encore aujourd'hui, le maître dans son environnement.

*Galerie de paléontologie, 2, rue Buffon (5e), ouverte tous les jours de 10h à 17h, plein tarif: 7 euros.

Texte : Mickaël Bosredon
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