Une compétition censée faire baisser le prix de l'eau à la sortie du robinet. Une commission de cinq élus du Syndicat des eaux d'Ile-de-France (Sedif) doit ouvrir aujourd'hui les plis des candidats au renouvellement du plus gros marché de distribution d'eau potable en Europe. Trois sociétés se disputent ce juteux contrat de délégation de service public, d'un montant de 3 à 4 milliards d'euros sur dix à douze ans.
Depuis six mois, Veolia, Suez Environnement et Derichebourg (lire encadré) dépensent plusieurs millions d'euros pour constituer leur dossier de candidature. Ce choix d'une gestion privée plutôt que publique (lire ci-dessous) est supposé faire baisser les prix grâce à une mise en concurrence. Mais depuis quatre-vingt-sept ans, c'est Veolia seul qui assure la distribution dans les 144 communes franciliennes du Sedif. Le dernier contrat, négocié en 1962 et prenant fin en 2010, s'élevait à 371 millions d'euros annuels. Un pactole longtemps dénoncé par plusieurs associations et collectifs d'usagers, qui regrettaient que le prix de l'eau en région parisienne soit l'un des plus élevés (voir infographie). L'année dernière, l'UFC-Que Choisir avait évalué à 90 millions d'euros le montant des « surfacturations injustifiées ».
« Il ne faut pas oublier qu'en dehors de Paris, l'eau est plus difficile à traiter car le territoire est moins dense. C'est plus coûteux », nuance Sylvain Rotillon, chef de projet à l'Office national de l'eau et des milieux aquatiques, qui a mis en place un observatoire du prix de l'eau le mois dernier. Au Sedif, on reconnaît tout de même que des économies sont possibles. « En rénovant le mode de gestion actuel, on pourrait réduire la note de 35 à 42 millions d'euros par an », souligne Patrick Sitbon, directeur général adjoint du syndicat.
Mi-janvier, la commission du Sedif devra rendre un avis sur les offres. La phase de négociations débutera en février. Le contrat sera définitivement conclu après un vote au printemps. Veolia a déjà assuré qu'il se battrait « jusqu'au bout » pour conserver le marché. Derichebourg et Suez, eux, espèrent bien mettre fin à ce qu'ils considèrent comme « un monopole de quatre-vingt-sept ans ». W