C'étaient les dernières résidentes du musée de l'Homme. Sagement allongées dans des boîtes empilées dans les sous-sols du musée, les 170 momies attendaient leur tour pour rejoindre les 500 000 autres pièces du département de préhistoire dans des locaux provisoires, au Jardin des Plantes (5e). Ce sera terminé aujourd'hui, après deux jours de manutention millimétrée. Le déménagement des collections du musée, commencé fin août, est ainsi achevé. Vidé, le bâtiment du palais de Chaillot (16e) va aborder sa phase de travaux, prévue pour durer trois ans.
« Quel stress cela a été ! » Alain Froment, responsable scientifique des collections anthropologiques biologiques du musée, peut enfin souffler. Les 23 000 « restes » (momies, squelettes, organes...) de la collection sont arrivés intacts. Il faut dire que le déménagement a été minutieusement préparé depuis le mois de mars par une entreprise d'ingénierie, Methodem. « Les momies n'étaient pas les pièces les plus difficiles à déplacer, mais c'était technique », explique Gilles Le Guillermic, contremaître chez Bovis, société de transport d'oeuvres d'art.
Les momies craignant les vibrations, des plots en mousse ont été fixés sous les boîtes, pour bien les caler dans le camion. L'habitacle est « sous température contrôlée », car « le choc thermique peut causer de sérieux dégâts », affirme Anne Raggi, responsable du laboratoire « momies » au musée. « Elles sont dans ce bâtiment depuis sa création, en 1936, et sont donc habituées à ses conditions hydrothermiques. Le changement de température peut provoquer une dilatation ou une rétractation de la matière organique, et la momie peut craquer. »
Les conditions hydrothermiques du musée de l'Homme n'étaient cependant pas « idéales », souligne Alain Froment. « On a retrouvé les momies dans un bon état, mais il faut faire très attention à la prolifération de champignons. C'est pourquoi la température et l'humidité seront mieux régulées à l'avenir. »
Plusieurs momies profiteront de cette phase transitoire pour être scannées dans un hôpital de la région. Certaines y sont déjà passées, « et nous avons ainsi pu déterminer l'origine égyptienne de deux d'entre elles, que nous ne connaissions pas », raconte Alain Froment. Egyptiennes, amérindiennes, gallo-romaines... Les momies ont encore beaucoup de choses à raconter. « Par exemple, nous avons un enfant momifié qui remonte à l'époque gallo-romaine, trouvé en Auvergne. L'embaumement est plus sophistiqué qu'à l'époque égyptienne, d'ailleurs la momie sent bon, ce qui est rare. Mais on en sait relativement peu sur son histoire », explique Anne Raggi. L'épreuve du scanner devrait lever le voile sur une part de ces mystères. « Il va nous permettre de voyager à l'intérieur du corps, sans toucher aux bandelettes, raconte Alain Froment. Nous cherchons d'éventuelles pathologies, des indications sur le régime alimentaire... Nous allons aussi nous servir des avancées sur l'ADN pour remonter à leur origine. Les progrès technologiques doivent nous permettre d'en apprendre davantage sur les momies, sans les abîmer, ce qui était impossible il y a vingt ans. » Mais les trois années avant le déménagement en sens inverse risquent de ne pas suffire pour mener ce chantier scientifique. W